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 Toutes les larmes de la Nuit

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Ekhiras Leil' Hirasün
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MessageSujet: Toutes les larmes de la Nuit   Ven 3 Oct - 13:52

Un bref scintillement métallique à la faveur d’une percée des rayons de lune à travers l’épaisse couche de nuages, révéla un instant une ombre en mouvement.
Les hommes du Guet s’éloignaient dans la rue à pas cadencé et l’ombre avait repris son déplacement le long de l’épais mur de pierres. Avec une fluidité hors du commun, la silhouette franchit l’une des pilastres de la façade, glissa le long de la corniche du second étage et s’arrêta sur le rebord d’une fenêtre close. La hauteur à laquelle se trouvait cette fenêtre et la relative difficulté à escalader un mur aussi vertical que celui-ci devait donner aux habitants endormis derrière, un sentiment trompeur de sécurité.

La silhouette tira quatre étranges petites pointes d’une de ses sacoches et s’appliqua à les enfoncer légèrement dans le bois renforcé de la fenêtre. L’ombre les disposa de manière à former un rectangle sur l’ouvrant extérieur à peu près à l’endroit ou devait se trouver la poignée et le mécanisme de fermeture de l’ouvrant intérieur. Une fois en place, l’ombre leva une main gantée au-dessus des petites pointes à peine encastrées. Si l’on avait pu apercevoir le visage de l’ombre à ce moment là, on aurait distingué les mouvements de ses lèvres qui se mirent à incanter dans le murmure le plus ténu.
Les petites perles noires constituant la tête des pointes scintillèrent alors. Elles émirent une pâle lueur verte, sombre, qui peinait à traverser l’obsidienne polie des perles. Tout d’un coup, alors que la clarté émise par les perles semblait au maximum de son intensité, de petits arcs électriques verts formèrent un rectangle croisé en son centre en reliant toutes les têtes des pointes. Une fraction de seconde plus tard, la partie de la fenêtre entre les pointes avait disparue laissant un rectangle de vide à travers les ventaux de la fenêtre.

L’ombre repoussa alors délicatement les lourds ouvrants de la fenêtre ainsi privée de tout son mécanisme de fermeture qui semblait ne jamais avoir existé. Dans un glissement spectral, la silhouette se trouva au pied du lit en bois massif quoiqu’assez bien ouvragé dans lequel une forme endormie soulevait la couverture épaisse en laine au rythme de sa respiration.
L’ombre leva alors son bras droit de sous sa cape et tendit une arbalète de poing droit vers la tête du jeune elfe qui dormait devant lui.



Peut-être était-ce la brise légère qui s’engouffra dans la pièce par la fenêtre ouverte, peut-être que le sommeil de l’enfant était trop léger ou bien tout simplement avait-il ressentit confusément la présence de l’assassin dans la pièce, mais toujours est-il qu’au moment ou le tueur pointa son arme, le jeune elfe se réveilla et se retourna vers la forme encapée qui le menaçait.

Il y eu une réaction de surprise sur le visage de l’enfant, mais il ne cria pas. L’assassin se tenait là, à bout portant, pointant implacablement le carreau qui allait lui ôter la vie aussi rapidement que les lames de vent fugaces lui caressaient le visage.
Pourtant la mort ne vint pas et l’assassin restait immobile devant lui. L’enfant ne pouvait distinguer son visage à cause de la lourde capuche qui semblait emprisonner de l’ombre malgré les quelques bougies chancelantes qui parsemaient la chambre du jeune elfe. Dans les frêles lueurs dansantes qui faisaient trembler les ombres sur le mur, les deux êtres restaient immobiles dans le silence.



Pourquoi ne lisait-il pas de la terreur au fond des yeux de l’enfant ?
Pourquoi n’avait-il pas peur ?
Pourquoi n’ouvrait-il pas la bouche pour hurler comme le faisaient toutes ses victimes qui comprennent que leur dernière heure est venue et qui tentent alors désespérément de se débattre et de faire fuir la menace de la mort par n’importe quel moyen ?

L’assassin hésitait.

Peut-être était-il troublé par l’expression de détermination qu’il voyait sur le visage de l’enfant, peut-être était-il impressionné par les efforts qu’il déployait pour maitriser sa panique, pour ralentir sa respiration, pour faire refluer ses réflexes de peur et conserver une attitude digne et calme jusqu’au bout ?
En tous cas, il ne tirait pas et commençait à sentir qu’il fallait absolument sortir de cette situation étrange.



Tes parents sont morts.

Les paroles brutales de l’assassin le firent ciller un instant. Le jeune garçon déglutit doucement et sentit ses mâchoires se crisper, ses poings sous la couverture se serrer. La peur s’évanouissait lentement dans ses artères, dans ses veines et dans sa tête. Un voile passa sur son visage et sa tête s’inclina légèrement, ses yeux fixèrent alors encore plus intensément l’endroit où devaient se trouver ceux de l’assassin. Une colère sourde montait depuis le ventre du jeune elfe. Sa respiration se fit plus forte, mais plus régulière. Dans le silence glacé de la chambre, résonna le témoin du mépris qui s’emparait de l’enfant.

Pourquoi ?


La brise finit par éteindre les dernières bougies de la pièce, mais dans la nuit qui s’était abattue brusquement dans la chambre, on pouvait encore distinguer les yeux de l’enfant, chargés de haine, qui fixaient toujours le tueur.
Au bout d’un nouveau silence interminable, l’assassin commença à baisser doucement son arbalète…



Aujourd’hui encore, l’elfe ne savait toujours pas ce qui avait retenu l’index du tueur sur la gâchette de l’arbalète. Il se souvenait juste des gestes de l’assassin devant l’étrange vide du châssis de la fenêtre, du reste du bois et les quatre pointes qui étaient alors apparues et de la précision avec laquelle le tueur les avaient retirées et rangées prestement dans sa sacoche. Il avait vu comment l’homme de l’ombre avait rapidement arrimé une corde entre les pierres du mur. Il se souvenait parfaitement des mouvements souples et agiles, presque magiques avec lesquels l’assassin descendait le long du mur. Encore en pyjama, dans la fraîcheur de cette nuit de printemps, accroché sur le dos de l’assassin, la tête plaquée contre la nuque de celui qui avait épargné sa vie, il avait laissé une larme couler le long de sa joue.
Protégé sous la cape ample de l’assassin, il n’était pas sûr que les frissons qui le parcouraient alors ne soient dû à la caresse de la brise sur sa peau…



Alarion essuyait sa dague. Dans la lueur de l’unique bougie du luxueux cabinet de travail, l’ombre d’un gros elfe, avachi sur une chaise, dansait sur les tapis gorgés de sang qui recouvraient le plancher.
Curieusement, Alarion ne ressentait rien de spécial. Depuis le temps qu’il s’était imaginé ce moment, cette scène, il avait toujours cru qu’il ressentirait sinon une forme de paix retrouvée, au moins un sentiment de soulagement. Mais rien. Il venait de tuer froidement le commanditaire de l’assassinat de ses parents, mais il ne ressentait pas la moindre satisfaction. Par le moindre sentiment de revanche enfin accomplie.

Il avait pourtant pris son temps, avait soigneusement éliminé toutes les personnes dans la grande maison bourgeoise qui étaient susceptible d’arriver à l’improviste et troubler ses retrouvailles avec celui qu’il avait le plus haï au monde. Il avait fait durer le calvaire de ce gros porc. Non pas qu’il aima torturer ses victimes (et celle-ci en particulier), en fait, il ne l’avait pas touché. Simplement, il avait mis en scène la rencontre et avait fait en sorte que cet immonde cloporte ait tout le loisir de se rendre compte de ce qu’il allait lui arriver.
Après avoir surpris l’homme encore installé à son bureau de bois précieux, il l’avait ligoté et attaché à son fauteuil, le forçant à ne regarder que devant lui. Il avait alors ôté sa cape et avait laissé le gros négociant regarder en face les yeux de sa mort prochaine. Il avait récité les mots qui hantaient son esprit depuis qu’il avait juré de venger ses parents. Sa vie, depuis, n’était tendue que dans le but de retrouver tous les responsables du meurtre et leur faire payer la perte de ceux qu’il avait aimé le plus au monde, sa chair.

Le gros porc avait fait sur lui. Après la tirade d’Alarion, une fois débâillonné en ayant été avertit que, de toute façon personne ne viendrait l’aider s’il criait, il avait fondu en larmes, s’était répandu en viles excuses, avait demandé mille fois pardon et même proposé de l’argent pour acheter son bourreau.
Alarion avait regardé le misérable avec mépris.
Après lui avoir fait comprendre qu’il n’était pas venu pour pardonner quoique ce soit mais bien pour le faire payer de son sang le crime qu’il avait commandité, il lui fit croire qu’il pourrait peut-être encore réfléchir si ce misérable et répugnant déchet de la race elfe lui révélait le nom du meurtrier de ses parents…
Il égorgea sa victime juste après avoir appris au milieu des sanglots du gros elfe, que le négociant avaient fait appel aux Hadattii selon la procédure traditionnelle et qu’un des représentants de la caste de tueurs avaient présenté un contrat et simplement déclaré que la mission serait remplie. Il n’en savait pas plus. Vu l’état de déchéance et de désespoir dans lequel était tombé l’elfe boursouflé et transpirant de terreur, Alarion comprit que sa victime n’avait pas eu connaissance des détails de l’opération et ne pourrait l’aider plus même s’il était soumis à la torture physique.

En fait, Alarion avait longtemps redouté cette réponse. Depuis qu’Ekhiras l’avait recueilli et élevé dans la tradition Hadatti, il avait comprit qu’il lui serait très difficile de remonter la piste du Hadatti qui avait logé un carreau dans les têtes de ses parents pendant leur sommeil. Son mentor lui avait juste laisser entendre qu’en effet les Hadattii avait envoyé quelqu’un pour exécuter les parents et que lui-même avait été envoyé pour s’occuper aussi de leur enfant. Depuis, Alarion était obsédé par la recherche de l’identité du second tueur et ce, malgré la chape pesante du secret qui entoure le fonctionnement de la caste des assassins. Même accepté parmi eux, il n’avait jamais eu de réponse plus précise que le sempiternel sermon de respect au Code du Secret qui garde closes les bouches des membres de la caste, ce qui en justifiait d’ailleurs l’immense réputation.



Les premiers rayons du soleil commençaient à éclaircir les nuages noirs de l’horizon et Alarion finit par se lever de la chaise où il avait passé le reste de la nuit à ruminer sa colère, son amertume et son sentiment inassouvi de vengeance. Il lui fallait partir maintenant : aujourd’hui, il devait se rendre à la cité des hommes dans le royaume de l’Est. Ekhiras lui avait parlé d’un Ordre ancien et si respectable qu’il avait choisi de se mettre à leur service exclusif. Alarion avait à son tour décidé de le rejoindre, après seulement avoir réglé une « affaire personnelle ». Ekhiras avait hoché la tête sans rien dire et lui avait simplement souhaité « Meure bien », qui traduit l’acceptation de ce qui peut arriver à tout moment pour un Hadatti, mais qui cache aussi l’espoir de se revoir malgré tout... Peut-être se doutait-il d’ailleurs depuis longtemps de ce qu’allait faire Alarion ?

Sans un regard pour le gros elfe qui se vidait de son sang sur sa chaise, Alarion enjamba l’allège de la fenêtre, la referma et commença à incanter un sort, la main levée devant un rectangle vide au milieu du cadre des ventaux…
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Ekhiras Leil' Hirasün
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MessageSujet: Re: Toutes les larmes de la Nuit   Dim 19 Oct - 18:09

Arneth Barzagyl El’Doreï était tranquillement installé à son bureau dans son cabinet de travail. Un verre en Crystal, rempli de vin rare d’Azshara trônait aux ¾ vide sur le coté droit du bureau. Tout près, un chandelier de cuivre et d’or fabriqué en exclusivité par l’un des meilleurs fondeurs de Darnassus, diffusait une lumière tremblottante dans la pièce. Le négociant, calé au fond de son siège, restait perdu dans ses pensées, un petit sourire vaguement accroché aux lèvres. Il savourait enfin les perspectives qui s’ouvraient à lui.
Oh, il n’avait pas fallu grand-chose. Un soir, une discussion bien arrosée avec un ami dans les affaires, des verres qui se vident, des confidences fortuites et un tuyau qu’on se refile. Des semaines plus tard, après y avoir repensé et bien pesé la situation, voici Arneth qui se rend au temple d’Elune. Dans la paix et la sérénité qui enveloppent le Temple comme une couverture soyeuse, on glisse un petit bout de papier, avec son nom, sous un cierge à la divinité de l’équilibre et de la paix. On sera recontacté.
Il y avait bien quelque chose d’étrange, une sensation inconfortable de se mettre un peu à nu, de se rendre si vulnérable en laissant ainsi son identité sans savoir vraiment qui va l’utiliser et comment. Arneth s’était pourtant décidé : il allait avoir recours aux meilleurs. A ces fantômes, cette organisation si mystérieuse, si insaisissable dont personne n’avait la moindre idée de l’état de ses membres, de sa localisation voir même, de son existence réelle. Mais après tout, si rien ne se passait, Arneth n’avait finalement laissé qu’un nom sous une bougie, il ne pouvait pas lui arriver grand-chose…

Un léger mouvement dans le recoin de la pièce le plus protégé de la lumière chancelante des bougie fit sursauter le négociant. Avec quelques secondes d’attention, il cru distinguer vaguement une silhouette encapuchonnée, à moins que ce ne soit son imagination qui lui jouait des tours.

- Je viens pour le contrat.

La voix ciselée comme une lame, d’une neutralité froide, tomba sur le négociant comme une goutte glacée lorsque la neige fond sur les rebords des toits.

- Oh ! C’est donc vous ? Le gros elfe se redressa sur son siège, pas très à l’aise. Et bien euh, asseyez-vous donc que nous discutions tranquillement de cette affaire !

La silhouette n’avait pas esquissé le moindre geste. Visiblement de moins en moins à l’aise, Arneth se demandait s’il n’était pas en train de rêver et se mis à fouiller la pièce du regard.

- Je viens recueillir ta demande. Je déciderais si les Hadattii acceptent le contrat.

Arneth fronça les sourcils, se resservi un verre et réfléchit quelques instant. Négociant chevronné, fort habile en affaires et habitué aux palabres du commerce, Arneth n’avait pourtant pas l’habitude de discuter avec une ombre. Il prit une grande rasade de vin, finit son verre et se resservi avant de prendre une grande inspiration. Après tout, qu’avait il donc à perdre à être direct pour une fois. Son pouls se calmait tandis que l’alcool aidait à le désinhiber doucement. Il reprit d’une voix calme, posée:

- Je veux qu’ils meurent. Je veux que vous décimiez cette famille de cloportes et que vous brûliez leur maison. Ils doivent apprendre ici, qui est le maître du négoce intérieur de cette ville !

Il fit une pause, peut être pour voir quelle serait la réaction de l’ombre, mais rien ne se passait et il se demandait de plus en plus s’il ne rêvait pas. Un coup d’œil au niveau anormalement bas de liquide carmin dans la bouteille le faisait sérieusement envisagé cette option.

- Il me faut les noms.

Arneth sursauta à nouveau. Décidément, cette voix bizarre semblait venir de nulle part et partout en même temps et tombait à chaque fois de façon si brutale qu’il manquait de renverser son verre.

- Bien sûr. Bien sûr. Il s’agit de la famille Holeïdlinn, de la rue des Echoppes bleues. Je veux que tous disparaissent dans un grand incendie, ces deux nuisibles de négociants parvenu et leur fils et seul héritier. Au moins, il n’y aura plus personne de cette engeance de roturiers pour venir piétiner mes plates-bandes !

Arneth se rendit compte qu’il serrait son verre au point de presque l’exploser et il sentit le tremblement qui agitait ses bras. Le sang tambourinait dans sa tempe et il s’étonna de perdre ainsi le contrôle. Il finit par poser son verre, un peu loin sur le bureau.

- Les Hadattii acceptent.

Arneth haussa un sourcil.

- C’est 35000 pièces d’or. D’avance.

A l’évocation du mot « or », Arneth sentit la douce torpeur qui montait en lui depuis déja le 3èmez verre, s’évanouir aussitôt. Il se redressa sur son fauteuil de bois précieux et posa ses coudes sur le bureau. Il croisa ses doigts et déclara d’une voix qui se voulait aimable mais ferme de celui à qui on ne la faisait pas comme ça quand il s’agissait de négocier:

- Oui, bien sûr… Et pourquoi ne pourrions nous pas en discuter un peu mmmh ? Pour une telle somme, il me semble que…
- Il n’y a pas de discussion possible. Si tu as fait appel aux Hadattii pour rien, je repars d’ici avec tes deux mains.

La voix incroyablement froide n’autorisait visiblement pas la moindre discussion. Arneth déglutit et réfléchit à toute vitesse. De toute évidence, l’offre n’était pas négociable et Arneth avait été mis en garde par son ami : on raconte des histoires à propos de princes et de bourgeois qui s’étaient retrouvés amputés des deux mains dans de mystérieuses circonstances. Le négociant se racla la gorge et tenta une ultime proposition:

- Bien, évidement, mais étant donné qu’il s’agit d’une somme ma foi… rondelette, je vais devoir vous régler en lettre de créance et…
- Tu n’as pas l’air de comprendre Arneth Barzagyl El’Doreï, les Hadattii ne sont payés qu’avec des pièces d’or ou avec le sang de ceux qui refusent...


Au changement de ton de la voix et à l’énoncé de son nom, Arneth compris qu’il ne pouvait plus se dérober, ni faire marche arrière. Avec une appréhension d’autant plus palpable qu’il avait eu l’impression que la voix et la silhouette était beaucoup plus proches de lui, il déglutit une nouvelle fois et se leva de son fauteuil. Avec une raideur et une précipitation inhabituelle chez lui, il se dirigea vers le mur derrière le bureau et s’affaira derrière une grande tapisserie, richement parée d’ors et de teintes coûteuses qui recouvrait le mur dans toute sa hauteur. Il s’employa ainsi, pendant plusieurs minutes, tournant le dos à la pièce et actionnant visiblement quelques systèmes mécaniques dont on percevait les cliquetis métalliques. Il finit par écarter complètement la tenture, se raidit et tira avec force une épaisse porte blindée. Avec des gestes fébriles, il plongea les mains dans le coffre et le tintement caractéristique des pièces que l’on compte résonna dans le cabinet. Finalement, Arneth émergea de la pénombre et commença à retourner à son bureau, un gros sac de tissu précieux à la main.

- Laisse ce sac où tu es et referme donc ton coffre.

Arneth s’immobilisa. Des gouttes de sueurs se formaient sur son front. Angoissé à l’idée terrible que la voix semblait être toute proche mais sans qu’il ne puisse en distingué l’origine, il s’exécuta. Lentement, il déposa le sac au sol et se retourna en tremblant pour pousser la lourde porte de gangreacier.
Lorsqu’il se retourna, le sac avait disparu. Ses yeux nerveux cherchèrent partout la silhouette vague de toute à l’heure tandis que son cerveau se demandait désespérément comment le sac avait pu être embarqué sans bruit, à moins d’un mètre de lui.
Lorsqu’elle tomba à ses oreilles, chuchotée derrière lui, la voix lui glaça le sang et le pétrifia pour de bon.

- C’est bien Arneth. Le contrat sera donc honoré.

Un léger courant d’air frais lui glaçait les nombreuses gouttes de sueur qui perlaient sur son front et acheva de faire trembler le grand négociant de Darnassus. Le gros elfe resta ainsi immobile au milieu de la pièce pendant de longues minutes avant d’être convaincu que l’ombre avait quitté son bureau.

Il ne sera jamais tout à fait certain de la réalité de cette entrevue fugace et terrifiante. Peut–être finit il même par se convaincre que ce n’avait été que le fruit de son imagination un peu trop arrosée et qu’au fond, l’accident qui coûta la vie à son rival le plus honni et à sa famille était finalement le fruit d’un hasard bienvenu. Il ne parla jamais à personne de son passage au temple, pas plus que du trou imposant laissé dans ses finances personnelles. Il finit même par engager un peu plus de gardes pour sa demeure et ne travaillait jamais dans son cabinet sans un mercenaire à son service posté en permanence près de ses fenêtres…
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MessageSujet: Re: Toutes les larmes de la Nuit   Mer 3 Déc - 4:08

Deux silhouettes en longs manteaux gris venaient de déboucher du coin de la rue et approchaient des Sentinelles. Postée depuis le petit matin sur le lieu de l’incendie, Haldyyra fit un pas en avant et posa la main sur la garde de son épée.

- Halte ! Que voulez-vous ?

Les deux silhouettes masquées ne ralentirent pas. Arrivé devant elle, l’un des deux encapuchonnés leva sa main gauche, dos tourné vers la Sentinelle méfiante. Un anneau d’Ithilmar, ornée d’une somptueuse perle noire était enfilé par-dessus le gant de cuir du visiteur. Un rayon de soleil la faisait scintillait à quelques centimètres de la garde. Tel un œil qui semblait vous scruter d’ailleurs.
Il n’y eu pas besoin de paroles, Haldyyra avait reconnu d’emblée le signe des Vigilants. D’après ce qu’elle en savait, ils ne se mêlaient que rarement des affaires de la Cité et la Sentinelle ne savait pas vraiment comment réagir quand deux Agents Gris venaient enfreindre les ordres qu’on lui avaient édictés.

- C’est que… j’ai ordre de ne laisser passer personne ici. C’est interdit jusqu’à l’enlèvement des gravats ! Après une seconde d’hésitation, elle ajouta :
- Je suis désolée.

Les deux Agents masqués échangèrent un bref regard.

- Nous savons, fit l’un d’entre eux. Néanmoins, nous devons accéder à ses ruines pour les besoins de l’enquête. La Commandante Lildoränn a dû vous avertir.

Les Sentinelles se regardèrent, hésitantes.

- Non, fit Haldyyra, on a jamais reçu d’ordres particuliers vous concernant… Nous, tout ce qu’on sait, c’est que personne ne doit passer, point final.

Avec un certain panache, la guerrière bomba un peu le torse, l’air plus décidé et sûre d’elle qu’elle ne l’était en réalité.
L’Agent qui avait parlé jusque là fit mine de s’avancer vers cette Sentinelle bien insolente qu’il allait corriger vertement, mais la main de son compagnon se posa sur son avant bras. L’Agent stoppa net son élan et jeta un regard interrogateur vers son acolyte. Jusqu’ici un peu en retrait, le Capitaine Leiren fixa la Sentinelle et sourit, derrière son masque. Sur un ton calme et posé, il déclara :

- Je vous comprends Sentinelle et je ne peux que louer votre loyauté et votre sens du devoir. Cependant, nous ne sommes pas responsables de la mauvaise transmission des directives entre nos supérieurs.

Le Capitaine laissa filer quelques secondes.

- Vous pouvez donc faire preuve de responsabilité et nous laisser passer, reprit-il, ou bien vous préparer à expliquer à votre Commandante comment vous avez interdit le passage pendant plusieurs heures à deux Vigilants mandatés par le Grand-Conseil de Darnassus…

Haldyyra ne bougea pas tout de suite. Elle fixait l’Agent dans les yeux et l’on pouvait presque suivre la bataille intérieure qui faisait rage dans la tête de la Sentinelle. Au bout d’un moment, elle finit par adresser un bref signe de compréhension à l’elfe qui lui faisait face et se tourna brièvement vers sa collègue.

- Oui et bien… Vous avez raison, on y peut rien si on a pas eu les ordres à temps hein ? Bon, allez y, et excusez nous encore, mais nous on ne fait que suivre la procédure…
- Et vous le faites fort bien, enchaîna Leiren, soyez en assurées.


Le Capitaine des Vigilants salua les deux Sentinelles et se dirigea vers la montagne de gravats fumants qui avaient remplacés le splendide hôtel particulier qui s’élevait ici quelques heures auparavant. Le second Agent toisa les sentinelles puis consentit à les saluer et rejoignit son supérieur.

- Foutus espions ! Souffla Haldyyra à sa collègue.

Les deux Sentinelles échangèrent un sourire, regardèrent les deux silhouettes grimper sur les gravats et reprirent leur poste en glosant sur les types qui n’avaient rien de mieux à faire qu’explorer des ruines.

Les deux Agents Gris contemplèrent un instant l’étendu des ravages qu’avaient provoqué le feu : seuls quelques murs périphériques tenaient encore un peu debout. Tout le reste de l’ancienne bâtisse n’était plus que décombres fumants, recouverts de cendres, de débris de bois, de pierre et de métal.
Le Lieutenant Astragaard fit quelques pas parmi les restes fumants du fleuron d’architecture elfique qui s’était fièrement élevé ici depuis des lustres.

- La Garde est arrivée très rapidement sur les lieux de l’incendie, pourtant ils ont déclaré qu'ils ont eu beaucoup de mal à l’éteindre. Il se tourna vers son Capitaine. C’est plutôt bizarre pour une maison en bois et en pierres…
- Bizarre en effet, fit Leiren qui s’était accroupit près des restes d’un muret de pierre, comme c’est bizarre aussi qu’on ait entendu de si loin les bruits de l’incendie...

L’elfe promena un instant sa main dans les gravats, sur le muret, dans la cendre et porta un peu de poussière à son visage. Là, il ôta le masque qui lui couvrait le visage et renifla les cendres sur son gant. Le Capitaine Leiren se frotta les mains et se tourna vers son compagnon.

- Alors, qu’est ce que tu en dis ?
Astragaard s’accroupit à son tour et refit les mêmes gestes que son Capitaine.
- Des pierres légèrement huileuses, des odeurs de souffre et de salpêtre…
Le lieutenant Astragaard baissa son masque et fixa son Capitaine.
- Ce n’étaient pas les bruits d’un incendie.
- Non, en effet.

Leiren se releva, s’épousseta les gants et les manches et jeta un coup d’œil circulaire aux ruines fumantes.

- Des engins explosifs. Placés minutieusement aux points faibles de la structure de la maison. Ils voulaient être sûrs que tout soit détruit, sans laisser la moindre trace…
- Mais leur procédé en est une finalement.
- Oui, c’est même leur… griffe.


Astragaard se releva à son tour et fronça les sourcils.

- Tu penses à ces rumeurs de nouvelle guilde en ville ?
- Ce ne sont plus des rumeurs, maintenant…


Le Lieutenant posa ses mains sur ses hanches et s’approcha de son supérieur.

- Mouais, mais tu sais bien ce qu’en pense le HC, pour lui tout ça relève du boulot de la Garde et des Sentinelles, pas de nous. Tu sais bien qu’il n’aime pas tellement traîner ses bottes dans « la merde des bas fonds ».
- Oui, je sais. Mais quand c’est la famille de commerçants les plus en vue du moment dans la cité qui sont éliminés aussi méthodiquement que ça, il ne s’agit plus de quelques racailles des bas-fonds…


Le Capitaine observait les alentours des ruines, les maisons adjacentes, miraculeusement épargnées et les rues qui filaient vers les quartiers commerçants de la ville au bord du Lac, en contrebas. Le jour s’éveillait doucement mais déjà le monde du négoce s’agitait sur les quais du Lac, près des entrepôts et sur les étals des marchés à la criée.

- Ca ressemble plutôt à une nouvelle guilde de malandrins qui se croient plus malins que les autres c’est ça ?
- Ca ressemble surtout à une déclaration de guerre.


Leiren remis son masque et redescendit le tas de ruines fumantes d’un pas pressé et déterminé.

- Allez viens, on va devoir aller la fouiller cette merde...

***


Le Haut-Commissaire Astragaard ferma les yeux. Le Lieutenant avait terminé son rapport sur l’incendie de la nuit dernière depuis plusieurs minutes déjà, mais il se tenait immobile et n’osait pas troubler son supérieur. Le silence devint pesant dans le bureau du chef des Vigilants. Un silence qui n’annonçait rien de bon.

Ainsi, tout cela recommençait ? Tant d’années. Tant d’années s’étaient écoulées depuis les premiers incendies, les premières traces, les premiers indices. Il se revoyait encore parmi les décombres du quartier commerçant avec le Capitaine. Leiren. Lui à l'époque, les avaient flairé tout de suite. Lui encore avait compris qu’il se passait des choses hautement importantes dans le monde de la nuit à Darnassus et il a été le premier à les débusquer. Il les a pourchasser, les a combattu et avait fini par le payer chèrement. Par Elune, tant de batailles acharnés, tant de fureur, de sang versé dans cette guerre. Bordel ! Et voilà que ça recommençait ! Merde !
Le Haut-Commissaire avait tapé du poing sur la table, faisant sursauter l’Agent qui attendait toujours les ordres pour la suite.

- Pardonnez moi Lieutenant, mais ce que vous venez de me rapporter m’a plongé quelques années en arrière. Dans de sales souvenirs… Et j’ai bien peur qu’ils soient revenus, après toutes ses années.

L’Agent fronça les sourcils.

- Qui ça, mon Commandant ?

Le Haut-Commissaire fixa le jeune Agent qui se tenait face à lui. L’elfe lui rappelait ses propres débuts au sein des Vigilants, il avait envie de sourire, il avait envie de pleurer.

- Les Hadattii, Lieutenant, les Hadattii…
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