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 Un éternel recommencement.

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Enrya
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Localisation : Souvent, là où elle ne devrait pas être.
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MessageSujet: Un éternel recommencement.   Lun 13 Aoû - 16:30

Quelques précisions pour vous y retrouver dans ce méli mélo chronologique :
Le texte normal correspond aux pensées d'Enrya de nos jours
Le texte olive et itallique correspond au journal intime de la mère d'Enrya
Le texte orange correspond aux souvenirs d'Enrya
Vous suivez toujours ?
Et en plus pour vous aider, l'année de l'évenement est rajoutée en gras, merci beaucoup Tar pour ton aide à ce sujet ^^
Bonne lecture !

De nos jours, An 26
Enrya n’osait même pas le toucher. Elle le regardait, les yeux remplis de larmes et la tête pleine de questions, joie et tristesse étroitement mêlées. Pourtant, c’était un objet banal, des plus simples : un épais carnet de cuir noirci, aux feuilles parcheminées, un journal qui portait la trace du temps passé. Oui, mais ce n’était pas n’importe quel journal. C’était celui de sa mère.
Elle le reconnaissait, elle se souvenait de ces soirs où il ne fallait surtout pas la déranger car elle prenait ce temps pour elle-même, ce temps consacré à l’écriture de ses mémoires. Elle se souvenait même d’avoir été vaguement jalouse de ce petit assemblage de cuir et de tissu, qui lui volait l’intention de sa mère quelques instants.
Sa défunte mère était une femme très érudite, mystérieuse aussi, elle lui avait appris l’écriture, la lecture et leur importance. Sans doute le plus précieux héritage qu’elle ai légué (non pas sans difficulté d'ailleurs) à la jeune voleuse, dans ce monde où l’importance du savoir subsistait, même si l’art guerrier surpassait par nécessité tous les autres.
C’était presque un hasard qu’elle ai retrouvé ce journal, une chance inouïe semblait il... Comment s’était il retrouvé ici ? Un mystère que la lecture éclaircirait peut être...
Oserait elle ? Elle avait peur. Peur de troubler le repos de la défunte : ouvrir ce carnet, c’était un peu comme violer une sépulture sacrée, c’était rentrer dans l’intimité de cette femme qu’elle ne connaissait qu’en tant que mère...
Mais comme souvent, la curiosité de la jeune voleuse l’emporta. Si quelqu’un avait le droit légitime de lire ce livre, c’était bien elle. Elle empoigna d’une main tremblante le petit objet, et commença sa lecture, essuyant ses larmes de peur d’abîmer l’ouvrage... L’écriture était bien celle de sa génitrice, fine et élégamment tracée à l’encre verte, mais elle était légèrement différente de celle qu’elle connaissait : plus juvénile, plus enfantine...

~*~
An - 13


« Alicia
, et rajouté semble il plus tard Al’Ilmarë »



Aujourd’hui, j’ai décidé de commencer un journal. Maman m’avait offert ce joli carnet, et Papa m’avait toujours reproché que cela ne servait à rien, que je n’écrivais jamais rien dedans. Alors aujourd’hui j’espère que vous me regardez d’où vous êtes et que vous êtes contents. Je vais essayer de m’y tenir et d’écrire régulièrement, comme j’ai promis à Dame Tirjel que je serais gentille et que j’étudierai avec sérieux. D’ailleurs, elle arrive et je devrai préparer mes affaires. Nous montons bientôt sur le bateau. J’ai un peu peur, et je me sens seule.


------------------- Une page blanche -----------------

Ecrit l'An -5

J’ai été gentille, j’ai étudié avec sérieux. Mais je n’ai jamais pu continuer le journal jusqu’à ce jour. J’ai été tellement occupée ! Lire ces quelques lignes a fait remonter quelques douloureux souvenirs de mon enfance. Et aujourd’hui je ressens le besoin de les coucher sur le papier. Il faut dire que ma vie jusqu’à aujourd’hui n’a pas toujours été rose.

Je m’appelle Alicia. Je suis née dans un petit village des collines de Hautebrande, sous la tutelle du royaume désormais en ruines d’Alterac.
Je me souviens avec précision de ce village, et ce sont de beaux souvenirs. Pour la plupart.
La vie était paisible là bas, toute mon enfance j’ai couru dans les prés et aidé aux travaux de la ferme. Mes parents et moi-même ne manquions de rien. Mon père était un soldat au service de ce qu’il appelait « L’ORDRE », et il revenait souvent à la maison après de longues absences, fatigué mais heureux de faire ce qu’il appelait « son devoir envers le royaume ». Il est d’ailleurs sûrement également heureux d’être mort en l’accomplissant.
Ma mère dirigeait une petite exploitation fermière, vache, cochons, poulets...
Elle se disputait quelques fois avec mon père je me souviens... Il était question de m’envoyer quelque part et de m’instruire, ou non, c’était un sujet de discorde perpétuel.
Mon père voulait m’envoyer à « l’Ordre », il disait que ça crevait les yeux que j’avais du potentiel, et que tiens, t’a pas vu comme la gamine elle est tout le temps fourrée dans l’armoire de la mairie à essayer de déchiffrer les bouquins !
Et ma mère qui répondait de me laisser le temps de grandir tranquille, que j’étais suffisamment instruite, et qu’elle ne tenait pas à me faire subir un « lavement de cerveau » auprès des « snobs de la ville »...
Ils se criaient dessus un moment mais se réconciliaient toujours.

Moi, je ne me considérais certainement pas suffisamment instruite, et je pense que jamais dans ma vie je ne le serai assez. Je savais écrire et compter, mais je lisais avec difficulté. Une vraie petite gueuse de la campagne ! Une gueuse instruite, mais gueuse quand même...
Mon père avait raison sur un point : cette existence simple me frustrait ; quand j’écoutais le jeune Roran raconter tout ce qu’il apprenait en ville, et discuter de longues heures avec mon père de « théories militaires » , de « savoirs anciens » et surtout des « maîtres mages » envers qui il semblait éprouver un mélange d’agacement et de jalousie, et même si j’ignorais totalement ce dont il pouvait bien s’agir, la curiosité me brûlait d’aller visiter cette grande ville, Loarderon, un nom qui résonnait comme un écho exotique dans mon cœur.
Finalement, je suis bien allée à la ville, mais jamais dans celle çi, et dans des circonstances bien plus douloureuses que ce que ce cœur de petite fille pouvait imaginer.

Dix ans ont passé, et pourtant je m’en souviens comme si c’était hier. J’étais paisiblement endormie, roulée en boule pour échapper au froid mordant, et l’odeur de la fumée a soudain assailli mes narines, et des cris ont commencé à fuser d’en bas, du village.
« Cache la petite, j’y vais ».
« Non ! Non ! Tu n’es pas obligé d’y aller, s’il te plait ... je t’en supplie... »
« ... »
« Je t’aime. »
« Donne ça à la petite et rejoins Loarderon, ils prendront soin d’elle. Fuyez par derrière. »
Bruits d’armure, d’épées, et de la porte qui se referme doucement.
Ma mère est venue me chercher dans ma chambre, elle m’a murmuré quelques mots de réconfort, m’a mis tous mes vêtements sur le dos, et un collier émettant une forte lueur rouge autour du cou, et puis on a couru, dehors, à travers les champs, les ronces et la neige me piquaient les jambes et elle, elle ne cessait de regarder vers le village avec des yeux pleins de larmes. C’était la dernière fois que je la voyais.
« Reste ici. Surtout ne bouge pas, je vais chercher papa. »
Alors j’ai attendu, attendu...
Et puis, comme personne ne revenait, j’ai pris la direction du village, c’était facile, il suffisait de suivre l’immense colonne de fumée noire qui faisait comme une tâche d’encre au milieu du ciel étoilé.
J’ai couru sur le sol givré, à travers les ruelles désertes, je croisais des silhouettes cauchemardesques, comme tout droit sorti des contes de la vieille Emma...
A partir de là, ce souvenir ressemble en fait vraiment à un cauchemar quand j’y pense. Tout est brumeux et incertain, mais comme dans tous les rêves, à travers l’épais brouillard, il y a des détails qui ressortent avec une acuité étrange.
Cette scène par exemple.
Une énorme bête me fait face. Une chose purulente et verdâtre, je peux sentir son odeur, tellement nauséabonde que j’essaie de me retenir au mur derrière pour ne pas sombrer dans l’inconscience. C’est brûlant et des cloques apparaissent sur mes doigts, mais je ne peux plus faire un geste, pétrifiée par la peur. La chose lève une énorme main à quatre doigts, et puis sur ma droite un jeune homme aux cheveux flamboyants arrive, il a l’air, si c’est possible, plus terrifié que moi encore, mais étrangement, je me dis que ce n’est pas la chose qui lui fait peur.
Qu’a t-il vu exactement de plus horrible encore ? Je me suis toujours posé la question, mais je n’ai jamais retrouvé ce garçon.
C’est ce jour que j’ai ressenti pour la première fois l’effrayante et délicieuse sensation...
Mes sens étaient moins bien aiguisés qu’aujourd’hui, mais pourtant je l’ai senti à ce moment là, une ombre de puissance, redoutable et terriblement forte ! Ca a pulvérisé la chose, et ça m’a effleuré juste un peu avant de repartir.
Tourbillon de souffrance et d’étincelles flamboyantes à l’intérieur.
Et puis, plus rien.
Quand je suis revenue à moi, il n’y avait plus rien.
Rien.
Plus de village.
Juste un immense cimetière, une étendue grise de cendre et de poussière encerclée de montagnes, avec une petite fille perdue plantée au milieu.

~*~

Enrya interrompit un moment sa lecture. Cette histoire la troublait, et pas seulement parce qu'elle était tragique.
Si sa mère lui avait raconté les grandes lignes de la tragédie, elle avait omis certains petits détails. « L’ORDRE »... Se pourrait il que... Si c’était le cas, elle était un Pair, un membre officiel, incontestable... Mais elle chassa cette pensée de son esprit, sa mère n’avait jamais évoqué les Quatre Familles de son vivant, pourquoi lui aurait elle caché cette information ?
La jeune femme extirpa le collier de son corsage. Elle l’avait détaché du cou de sa mère le jour où...
C’était à l’évidence un bijou différent que celui évoqué dans le journal, une petite épée miniature toute sertie de rubis et de diamant, certes à dominante rouge mais qui n’émettait aucune lueur. Comment savoir ?
Son esprit vagabonda et elle se surprit à établir des parallèles entre sa propre histoire et celle de sa mère.
Leur enfance avait été bien différente, l’une dans la modestie et la liberté des montagnes, l’autre dans le luxe confiné et étouffant de la bourgeoisie d’Hurlevent.
Elle enviait la liberté que sa mère avait connue, elle qui n’avait aspiré qu’à aller courir dans les rues du vieux quartier alors qu’on l’obligeait à suivre d’improbables leçons d’écriture, de savoir vivre et de philosophie ancienne. Heureusement qu’il y avait eu ces longues heures où elle s’entraînait à l’Epée dans la cour du château, son véritable luxe personnel, sa bouffée d’oxygène.
Dans les deux cas, elles avaient envié un idéal inaccessible.
Dans les deux cas, leur petite existence tranquille avait été bouleversée par une tragédie, elles avaient toutes les deux connu le drame de perdre tout repère, au sortir de l’enfance.
Tout n’était il qu’un éternel recommencement ?


Dernière édition par le Dim 18 Nov - 17:37, édité 4 fois
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Enrya
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MessageSujet: Partie II, Hurlevent   Lun 20 Aoû - 18:48

Le journal semblait crier, l’appeler, indigné d’être ainsi délaissé. Enrya répondit à l’appel et se laissa à nouveau hypnotiser par le tourbillon de mots.


~*~

Je me suis laissée dépérir. Je ne pouvais rien faire d’autre qu’attendre que la mort vienne me prendre, moi, la rescapée injuste du massacre. Quand on a 10 ans, comment peut on survivre livrée à soi même, après un choc si terrible ?
Mais une flamme brûlait en moi, qui me nourrissais de sa chaleur en attendant que le destin veuille bien prendre soin de mon avenir.
Il est apparu un matin sous la forme d’un convoi de soldats et de nobles fuyant Alterac et tentant de récupérer d’éventuels survivants en route. Je les ai vu arriver, petite tache noire sur le col blanc là haut, et couper à travers les hauts pâturages enneigés.
« Capitaine ! Capitaine ! Venez voir c’est incroyable ! », s’exclama une voix grave et sonore.
« C’est une petite fille ! C’est la seule survivante ? » grogna un autre.
Les plaques de leurs armures s’entrechoquaient, leur odeur de soldat - sueur et alcool principalement - me rappelait celle de mon père et j’ouvrais les yeux.
« Elle est vivante ! Eh, petite, comment tu t’appelles ? »
« Laissez les questions, ce n’est pas le moment... Vous ne voyez pas qu’elle est frigorifiée ! Portez jusqu’à la chariot et donnez lui des couvertures et à manger... Nous nous en occuperons plus tard.
Nous devons nous remettre en route sans tarder, plus tôt nous serons arrivés à Hurlevent, mieux nous nous en porterons !»
La voix était celle d’une femme, et si elle paraissait plus douce que les grognements des soldats, elle n’en était pas moins stricte et assurée.
« A vos ordres Dame Tirjel... »

~*~

Dame Tirjel est une femme aussi froide et solide qu’un bloc de glace. Au début, je n’osais même pas prendre la parole en sa présence tant elle m’impressionnait. Il faut dire qu’elle fait partie de ces gens dont la prestance longuement travaillée impose tout de suite le respect.
Quand elle m’a prise sous son aile, elle devait avoir la quarantaine. Ses cheveux si blonds qu’ils en paraissaient presque blancs sont toujours ramenés en un chignon très sophistiqué. Je ne l’ai jamais vue les cheveux détachés, quand j’y pense.
Son visage pointu et sa peau presque translucide seraient jugés disgracieux si elle ne possédaient pas un immense regard bleu acier capable de vous clouer sur place. C’est une noble, et un mage respectable parait-il. Son mari est mort en défendant Hautebrande, comme mon père, c’est peut être ce qui la poussé à prendre soin de moi au début. La rencontrer a changé le cours de mon destin.
En bien ou en mal ? Quelques fois je me pose la question.

~*~

C’est à l’âge de onze ans que j’ai posé les yeux pour la première fois sur la cité blanche. Je m’en souviens comme si c’était hier, le bateau voguait le long de la côte et j’ai aperçu ses hautes tours, et son donjon au loin, comme un navire blanc au milieu de l’océan vert sombre des arbres de la forêt d’Elwynn.
Les ruelles bruyantes, tous ces gens, jongleurs, commerçants, guerriers, paysans, toutes ces odeurs, toute cette agitation effrénée, mille fois plus importante même que les jours de marché les plus animés de mon village, m’ont d’abord effrayé. Cependant, dès que j’ai pénétré le quartier des mages j’ai su que ce serait mon nouveau chez moi, c’était une évidence.


~*~

Enrya avait sourit en découvrant les premiers sentiments de sa mère le jour de sa découverte d’Hurlevent. Elle avait toujours connu la grande cité, l’agitation qui y régnait lui était coutumière, tout comme ses rues, ses mécanismes, ses groupes sociaux et les règles qui régentaient tout ce petit monde.
Elle concevait bien qu’une jeune campagnarde puisse être impressionnée par un univers si complexe. Un univers qui n’avait plus de secret pour elle.
Il faut dire qu’étant née parmis les privilégiées, elle en connaissait les codes, comme elle maîtrisait ceux des bas fonds de la ville ; s’étant retrouvée du jour au lendemain orpheline et propulsée dans ce monde à la fois fascinant et dangereux.
Hermétique aussi.
Mais Enrya s’y était fait sa place, petite gamine de quatorze ans usant de son charme, de son intelligence, de son extraordinaire capacité de résistance aussi. De son poignard une fois.
Cette première fois là l’avait définitivement changée.

An 22
La jeune fille court, court, une énorme grappe de raisin à la main, pour échapper au gros maraîcher. Elle grimpe sur un colombage, crochète un encorbellement, dégringole sur les tuiles, se rattrape à une gouttière et s’arrête pour reprendre son souffle. Elle a semé son poursuivant, facile, une telle masse de gras rivaliser avec ce petit concentré de souplesse, de muscle et de vitalité...
Impossible.
C’était impossible.
Il y avait un homme au bout de l’impasse, dans l’ombre. Agé d’une trentaine d’années, vêtements de laine noirs usés, faciès d’ivrogne blasé, il cuvait vraisemblablement son vin. Un éclat rouge a attiré l’œil d’Enrya. Un foulard carmin cachant le bas de son visage.
La jeune voleuse se cache dans l’ombre, et sors un bout de tissu de sa poche. Elle compare.
Une fureur froide, une colère sans nom, une haine indicible monte alors en elle. Les runes de sa dague brillent, la vengeance est tout ce qui compte.
Elle s’avance, silencieuse.
Sa lame appuie fort contre la gorge du sous fifre, qui ne l’ayant pas vue venir, crie de surprise.
Le foulard à quelques centimètres de ses yeux, le doute n’est plus possible. Les broderies sont identiques.
Elle appuie un peu plus fort, le sang coule.
« Pour qui tu travailles ? »
Cri de douleur.
« Pour qui ? »
« Défias »
Le mot heurte l’oreille de la jeune fille, la fureur est toujours là, elle revoit l’autre homme, avec ce même foulard détestable, sa mère étendue, froide, sur le parquet en flammes...
La lame chuinte, elle sent la chair se déchirer, les veines s'ouvrir pour laisser s'échapper un flot de sang chaud qui lui coule sur les doigts en gargouillant.
Lueur rouge, jet écarlate, flaque de sang, comme chez le boucher à qui elle a volé pas plus tard qu’hier un jambon de belle taille.
Jambon.
Assassin.
Enrya s’écroule sur les pavés, en larmes. Se relève, et quitte la rue en courant.
La logique implacable de la vengeance à fait d’elle une meurtrière. A partir de cet instant, c'est ce qu'elle est.

Le souvenir avait submergé la jeune femme. Comme si lire les mémoires de sa mère la replongeait de force dans le passé. Ce n’était pas vraiment un plongeon en fait. Ce passé là restait sans cesse en surface, elle le portait avec elle à chaque souffle.


Dernière édition par le Mar 21 Aoû - 19:50, édité 2 fois
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Dague
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MessageSujet: Re: Un éternel recommencement.   Lun 20 Aoû - 22:58

L'homme qui venait d'entrer dans l'alcôve d'Enrya le fit sans aucun bruit. Il tenait entre ses doigts gantés de cuir sombre le long cheveu que celle-ci avait glissé entre la porte et le chambranle pour détecter toute intrusion. Il le posa délicatement sur un objet blanc, puis d'une main dexte s'empara du livre qu'Enrya cachait.

Ecartant la bougie en place, il posa sa propre source de lumière puis parcouru les pages. Il évita les premières, par un étrange soucis de pudeur et de respect, puis commença à lire les pages où l'écriture ronde d'Enrya s'étalait.

Un seau tomba dans un couloir un peu plus loin et Dague se leva tranquillement. Il posa le livre à l'endroit exact où il l'avait trouvé, prenant soin de le replacer comme dans son souvenir. Il ramassa sa lampe, repoussa la bougie, et s'empara du cheveu. Il le glissa au dessus de la serrure en refermant la porte puis, sans se retourner, s'en fût d'un pas souple.



[HRP]
Je ne veux pas casser ton récit, mais juste exprimer le grand plaisir que j'ai eu à le lire
[/HRP]
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Enrya
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MessageSujet: Partie III, Voyages   Mar 21 Aoû - 19:41

Tout n’était que beauté, calme, et mystère. Les jolies maisons de bois sculpté s’alignaient le long de rues courbes et pavées de dalles aux couleurs changeantes, et bordées de pelouses verdoyantes. Dans les cafés, des mages vêtus de longues robes chamarrées discutaient autour d’un verre de jus de melon. J’entrevoyais à travers les vitres des échoppes et des librairies milles et unes merveilles, si bien que je m’arrêtais tous les dix pas, ce qui avait le don d’exaspérer ma protectrice.

« Dame Tirjel ! Regardez tous ces livres ! Et ces petits bâtonnets, à quoi servent ils ? Et cette plante étrange ? Pourquoi vendent-ils des bougies colorées ? »
Elle soupira.
« Mademoiselle Alicia, je vous prie d’avancer un peu plus rapidement et de cesser de fixer ces devantures comme si elles contenaient des reliques sacrées. N’êtes vous pas pressée de découvrir votre prochaine demeure ? C’est encore loin. »
« Oh... » répondis je, déçue, avant d’enchaîner : « C’est quoi des reliques sacrées ? »
Soupirant de plus belle et levant les yeux au ciel, elle me poussa devant elle sans ménagement. Elle se demandait probablement à cet instant si les gens de l’orphelinat voudraient bien me prendre en charge étant donné mon âge.
Cependant, quelques pas plus tard advint un évènement qui lui fit reconsidérer ses projets à mon égard.
Il y avait une petite boutique coincée entre deux arbres, en lettre gothique sur le fronton était inscrit « Chez Mireline, Antiquités et Artefacts magiques ».
La vitrine contenait divers bibelots, mais l’un des objets dégageait une aura dorée et pulsait d’une force qui ressemblait à celle que j’avais déjà ressentie quand le jeune rouquin avait pulvérisé la chose, dans mon village. Sauf que celle çi semblait beaucoup moins maléfique.
Je m’arrêtais donc une nouvelle fois, bien décidée à comprendre ce phénomène étrange.
Dame Tirjel s’apprêtais à me rappeler sévèrement à l’ordre quand elle fut prise de court par ma question.
« Qu’est ce que cette lumière dorée autour de la petite coupe en argent ? »
Elle s’arrêta et me dévisagea d’une expression assez semblable à celle des merlans que mon père péchait quelque fois à la rivière.
« Alicia... Vous... Vous pouvez voir cette aura ? »
« C’est qui cétora ? »

~*~

C’est ainsi que débuta ma vie d’apprentie mage, Dame Tirjel ayant découvert mes étonnantes dispositions pour l’art des arcanes, elle se mit en tête de faire de moi une source de considération et si possible de revenus supplémentaires pour elle.
Nous vivions dans une imposante demeure près du donjon, un endroit trop ostentatoire, trop bruyant et luxueux à mon goût.
Aujourd’hui, les tentures de velours, mon lit à baldaquin, les tapis anciens et les bibliothèques en noyer font partie de mon quotidien, mais à l’époque cela me semblait presque surnaturel.
Dame Tirjel a obtenu un poste à la tête de « l’équipe d’intervention chargée de la répression de la criminalité Hurlevine » à la cour du roi, rajoutant ainsi quelques pièces d’or supplémentaires au magot qu’elle tenait de sa famille.
Elle m’a introduite, et j’ai découvert sans jamais vraiment l’intégrer ce monde fait de faux semblants et de gens dont l’argent ou l’héroïsme emprunté ne suffit pas à camoufler la stupidité. La guerre, les épées, les soldats ! Ils n’ont que ça à la bouche !
Ils ne voient même pas la beauté des arcanes, uniquement leur utilité militaire.
Il est vrai que moi même jeune mage de 18 ans suis capable de pulvériser leurs mannequins d’entraînement d’une boule de feu rougeoyante rien qu’en bougeant le petit doigt.
Mais quel interet ?
~*~

Au fur et à mesure de sa lecture, le cœur d’Enrya n’avait cessé de s’accélérer, et il battait à présent aussi fort que si elle venait de combattre un adjudant défias.
Elle relit une deuxième fois.
La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Sa mère, un mage ? L’idée lui semblait absurde, elle ne l’avait jamais vu faire le moindre petit tour, ni même évoquer le sujet de près ou de loin. Ce manque d’informations avait d’ailleurs fait naître chez la voleuse une peur irrationnelle envers tout phénomène magique, qu’elle était incapable de comprendre, et donc de combattre.
Découvrir que sa mère était l’une de ces personnes aux pouvoirs étranges lui faisait un sacré choc.
Quels autres secrets à propos de sa jeunesse lui avait elle caché ?

~*~

Jusqu’ici j’ai donc vécu plus que confortablement, et j’ai pu me consacrer entièrement et complètement à l’étude de la magie. Dame Tirjel m’a enseigné les bases, tout ce qu’elle savait en fait, mais plus j’avance sur cette voie, plus je me rends compte que son savoir est limité.
Cela fait presque sept ans que j’étudie les arcanes, et toutes les formes magiques, je n’exclue rien, et pourtant j’ai l’impression de ne faire que redécouvrir perpétuellement mon ignorance à ce sujet. J’ai étudié jour et nuit, et je continuerai jusqu’à ce que les secrets de chacun des livres de cette ville me soient révélés.
Cela ne devrait pas prendre beaucoup de temps. Notre civilisation est en pleine déchéance. Les arts magiques n’ont jamais été vraiment pris au sérieux par les peuples humains, bien sûr nous avons eu notre petite part de gloire, de savoir, de puissance. Mais cette époque est révolue, comme est révolu l’âge glorieux des hauts elfes. Le savoir s’est perdu, victime de la négligence des peuples et de la guerre.

~*~

An -4


Le temps passant, j’ai tout de même acquis suffisamment d’expérience pour impressionner mon petit monde. Faire du spectaculaire, rien de plus facile. Il parait que mes talents et ma beauté font parler de moi.
Ce matin j’ai sacrifié un moment à la futilité pour vérifier ces dires.
Le miroir m’a renvoyé l’image d’une femme au port de tête royal, aux longs cheveux d’ébène contrastant élégamment avec une peau dont la pâleur fait presque concurrence à celle de Dame Tirjel. Il est vrai que mes traits ne manquent pas de finesse, que mes dents sont blanches et que mes formes doivent attirer la convoitise des hommes.
De mes yeux gris pâles, je me suis donc renvoyé le regard le plus glacial possible. Puisse il continuer à les éloigner, tous.
Je fais sûrement des envieuses à la cour du roi... Petit monde pathétique où se fourvoie la noblesse du royaume, et où Dame Tirjel est devenue une personnalité, sans doute grâce à son caractère impitoyable... Si ils pensent pouvoir m’y attirer... Mon innocence à été a jamais détruite par leur vide intérieur. Dame Tirjel m’a assuré une existence confortable, et a alimenté ma passion pour la magie, mais n’a jamais été capable de m’apporter quoi que ce soit d’autre.
Je ne sais plus ce qu’est la tendresse. C’est triste à dire.
Le souvenir de m’a mère et de ceux qui m’ont jamais aimé crépite lentement et finit de s’éteindre. J’ai tout le temps froid. La magie seule me réchauffe, la flamme a continué de brûler en moi, me maintenant vivante. Quand je lance un sort, j’ai l’impression de vivre vraiment, quand j’étudie un livre, c’est comme voyager dans une contrée lointaine, m’échapper quelques instants de cette cité d’illusions...
Peu m’importe la gloire ou l’amour, je ne partage pas ces idéaux. Je veux juste apprendre plus, découvrir toujours et encore, et sentir le feu des arcanes couler à flot dans mes veines !

~*~

Enrya ressentait un vague sentiment de nausée. Ca n’était pas sa mère. Elle ne reconnaissait pas la jeune femme, si hautaine, et si blasée surtout qu’elle semblait avoir été. Tentant de chasser le malaise que les dernières lignes lui avaient inspiré, elle se concentra sur un détail qui la troublait.
Dame Tirjel.
Elle était certaine à présent d’avoir déjà entendu ce nom. Où ?

[An 22]« Hey ! ‘Rya, ma belle, arrête de ruminer sur ta branche et viens t’asseoir avec nous ! »
La jeune fille soupire, agrippe ses doigts agiles au tuyau glissant suspendu à environ cinq mètres du sol, effectue un saut périlleux avant et retombe avec agilité les deux pieds sur le sol.
Elle s’installe à la petite table crasseuse, à coté de celui qui l’a interpellée, et entreprends de la délabrer encore plus qu’elle ne l’est déjà, de la pointe de sa dague.
« La sorcière a encore frappé... Parait qu’ils ont eu la bande à Tarnag... Quel trogg çlui çi !... J’ai t’jours dit qu’c’était un incapable... Reusement qu’il connaissait pas le Palace, jvoudrais pas que la vieille réussisse à nous déloger ! »
Murmures d’assentiment.
Enrya lève les yeux au ciel... Le Palace... Parlons en du Palace. Un trou à rat, une planque dans les catacombes de la ville, aux murs moisis et à l’odeur de cadavre en putréfaction... Et avec la compagnie bienveillante de toutes les bestioles de la ville, en prime. Le seul point positif était l’accès illimité - grâce à un ingénieux système de tuyaux récupérés - aux cuves de bière du Cochon Siffleur, juste au dessus de leur tête.
« L’a pas intérêt à croiser mon chemin tantôt La Tirjel ! Finira avec un couteau dans le dos que ce s’ra l’mieux pour tout le monde que j’dis ! »
Nouveaux grognements de la bande d’adolescents crasseux.
Elle n’en pouvait plus. Elle aurait dû rester seule, ne jamais accepter la compagnie de cette bande de débiles se complaisant dans leur situation pathétique.
Arrachant rageusement un copeau et entreprenant de le débiter en morceaux les plus fins possibles, elle songe à sa situation.
Pas une seule trace d’un quelconque « défias », les approcher semble impossible sans aide. Inutiles de songer à s’associer aux services de la ville qui l’arrêteraient instantanément pour crimes et délits divers. Si elle ne s’était pas laissée séduire par le Krig, qui traînait derrière lui une bande de voyous déguenillés, elle n’en serait peut être pas là. Elle aurait pu trouver peut être un travail, une chambrette, aurait économisé pour s’acheter un cheval...
Elle tournait en rond ici. Il fallait qu’elle parte, elle ne supportait plus cette ville, cette vie.
Enrya regarde une dernière fois Krig, et la bande de gamins, prend sa décision. Elle agrippe son sac, sa dague, et d’un mouvement rapide, camouflé en caresse destinée au jeune homme, subtilise le butin d’une fructueuse semaine de larcins. Se lève.
« Tu va où ? »
« Je pars en voyage »
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Enrya
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MessageSujet: Partie IV, Liberté.   Jeu 23 Aoû - 11:18

An -3

Enfin seule ! Ce soir le déménagement s’est achevé. J’ai aménagé dans ce quartier dont je rêvais, loin si ce n’est de la corruption, au moins de l’agitation. Le parc des mages est toujours aussi beau, mais mon espoir de pouvoir converser enfin avec des gens sensés et aussi passionnés que moi a été rapidement changé en désillusion.
La plupart des érudits qui vivent ici s’intéressent essentiellement à la magie à des fins commerciales et guerrières. Certains se livrent même à des expériences démoniques dans les sous sols. Quelle bande d’abrutis... Je n’ai rien contre en principe, mais quand on ne possède pas la puissance nécessaire, ce genre d’invocations peut rapidement se transformer en bain de sang. Surtout quand on cherche, comme eux, à s’approprier la magie du démon. Meilleure façon de se retrouver possédé...
Non contents de se mettre en danger eux même, ils sont une menace pour les autres.
Il y en a bien quelques uns qui recherchent le savoir et la maîtrise, mais ils me semblent bien moins avancés que moi sur la voie...
Mon appartement est petit mais douillet. Mireline avait une chambre à vendre au dessus de son magasin, et l’endroit m’a plu.
J’ai dû acheter ce chez moi par mes propres moyens, et mes dernières économies sont passées dans l’achat de ces jolies tentures émeraude brodées de runes inconnues que je compte bien déchiffrer un de ces jours. Je ne veux pas penser aux difficultés bassement matérielles, le plus important est que je vais enfin pouvoir être tranquille pour réaliser mes recherches.
Les interruptions de Dame Tirjel devenaient agaçantes. C’est d’ailleurs la dernière en date qui m’a permis d’obtenir cette indépendance bienvenue…
J’étais en train de réaliser une invocation complexe, un véritable bijou, un sortilège qui m’a demandé des heures de travail. Je comptais invoquer un petit démon mineur pour lui poser quelques questions sur sa perception de la magie.
Quand je repense à l’expression de cette vieille grue, j’en ris encore... Il est vrai que voir une jeune femme flotter à 5 mètres du sol, les yeux révulsés et le visage extatique, entourée d’une délicate aura émeraude (un petit ajout esthétique de mon cru, ça va devenir une véritable signature si je n’y prends pas garde... Mais cette couleur est tellement belle !) peut certes effrayer les âmes sensibles.
Bien sûr Dame Tirjel est loin d’être une âme sensible, mais elle fait partie de ce groupe d’érudits tellement étroits d’esprit qui considèrent cet art comme une forme corrompue de la magie.
Moi, je sens bien que ce n’est qu’une partie d’un tout. Il n’y a pas de flamme sans ombre, c’est l’ordre naturel des choses. Même si ça n’est pas ma discipline favorite, les démons bien maîtrisés peuvent se révéler extrêmement utiles, mais ça, il leur est impossible de l’entendre, limités qu’ils sont par leur carcan moral plein de « Lumière ».
Après tout, qu’ils restent dans leur ignorance et leur naïveté. Je n’ai pas besoin de leur incompétence pour mener à bien mon grand projet.
Au contraire, à présent, je suis libre !

~*~

An 23


Liberté. Il n’y a pas d’autre mot pour expliquer ce qu’Enrya ressent en contemplant le paysage infini et magnifique qui s’étend sous ses yeux. Un océan de palmiers, mer mouvante émeraude, une jungle épaisse et mystérieuse, bordée de plages de sables blancs et de la mer bleu lagon. La mer. Elle ne l’a jamais vue d’aussi près. Il parait qu’on l’aperçoit des plus hautes tours du donjon d’Hurlevent, mais la jeune fille n’a jamais pu y monter. Cela faisait déjà quelques semaines qu’Enrya était sur les routes. Jusqu’ici, elle se débrouillait plutôt bien, volant quelques fois sa pitance, mais préférant quand c’était possible aider les habitants des régions qu’elle visitait. En général il s’agissait de résoudre des conflits, de « récupérer un objet » , de se débarrasser de bêtes ou de monstres gênants. Quelques fois de gêneurs tout court. Elle a à présent moins de scrupules à tuer des êtres humains. Certes, elle n’aime pas donner la mort pour autant, mais elle estime que toutes ses victimes l’avaient bien mérité. De plus, elle a la conviction que ceux dont l’âme a déjà connu la souffrance d’ôter la vie à un autre être devraient éviter au commun des mortels de la connaître.
Et bien qu’elle n’ose se l’avouer, elle commence à prendre goût au sentiment de puissance, et à l’adrénaline que ces missions provoquent en elle.
Ces activités avaient un double interet : elle gagnait son pain et améliorait ses techniques de combat. Elle compensait son relatif manque de musculature par sa souplesse et son agilité. Les lames courtes et autres armes de poing qu’elle utilisait demandaient une maîtrise parfaite pour égaler la puissance des lourdes épées, en vogue chez la plupart des mercenaires.
Le vent souffle fort, et ses longs cheveux battent sur son visage déjà trempé de sueur.
Elle sent qu’elle va aimer cette jungle.

« Je déteste cette jungle » marmonne Enrya, a bout de force et avisant l’énorme panthère qui lui fait face. Déjà deux jours sans manger - si la forêt est giboyeuse, les animaux y sont retords et les oiseaux volent trop vite pour être atteints avec les dagues de lancer de la voleuse –, sans dormir, et pratiquement sans boire. Il ne lui reste plus que du rhum...
Et voilà maintenant qu’elle croise cette bestiole, qui semble malencontreusement aussi affamée qu’elle.
« Est-ce que tu es comestible mon amie ? » s’interroge Enrya, se préparant à débiter la bête en morceaux.
Sauf que...
Une panthère, ça va.
Quatre, non.
La jeune fille tente de s’enfuir, mais les bêtes courent trop vite et elle se retrouve bientôt acculée à un cocotier.
Les bestioles grondent en montrant leurs crocs.
Chair à panthère... C’est la fin, songe elle.
La plus grosse bestiole bondit, griffes en avant...
Et finit sa course dans un taillis, le flanc percé d’un carreau d’arbalète noir. Même sort pour une seconde, les deux autres, touchées par un trait de lumière noire (étrange...) viennent s’empiler sur les autres. Tout cela en seulement quelques secondes.
« La jeune fille en détresse sauvée de justesse par le héros tout puissant. D’un commun... » pense elle, et un sourire commence à s’étirer sur ses lèvres.
Enrya relève la tête et découvre son sauveur.
Deux hommes étranges lui font face, d’une ... quarantaine d’années peut être ? Difficile à dire. L’un a le visage buriné et impénétrable et est vêtu de cuir sombre, une dague et une épée fine sont passées à sa ceinture. Il tient une arbalète entre ses mains. L’autre porte une barbe rousse et une robe verte jurant avec ses cheveux de manière passablement ridicule.
N’y tenant plus, elle éclate de rire, et reste là, pliée en deux, pendant au moins cinq bonnes minutes.
Aerth et Tar se regardent l’air perplexe, et l’aident à se relever.
Ils viennent de se faire une alliée indéfectible.


Enrya chassât le souvenir d’un sourire, et retourna à sa lecture. A ce rythme là, elle en aurait encore pour plusieurs jours avant de finir ce journal. Et sa curiosité ne pourrait certainement pas attendre tout ce temps.


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MessageSujet: Partie V : Seules ?   Dim 9 Sep - 19:29


An 0

Hier, il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire.
J’ai été contactée par le SI : 7, ayant entendu parler de mes recherches, ils veulent m’offrir du travail. Je me demandais qui arriveraient les premiers de cette course d’obstacles intellectuelle, qui se rendrait compte avant les autres de l’interet d’avoir une arme explosive dans mon genre sous la main.
Bravo aux vainqueurs, l’intelligentsia de Hurlevent ! Je n’en attendais pas moins d’eux.
J’ai accepté, on peut dire que c’est une sorte de premier lot de la foire, le cadeau du grand gagnant si on veut, enfin, c’est surtout une façon de satisfaire des besoins bassement alimentaires. Et une pointe de curiosité aussi, ce qui m’en fait venir à la chose extraordinaire.

On m’avait donné rendez vous au Diamant Bleu, cette petite taverne remplie d’intellectuels hypocrites qui tergiversent le jour sur les derniers sortilèges à la mode et discutent la nuit des mérites comparés de la bière naine, brune ou blonde. Bref.
Je m’amusais à transformer les couverts en argent en petites bulles légères qui explosaient sur la tête des ivrognes dans une pluie d’étincelles dans différents tons de vert - une vraie œuvre d’art éphémère - et m’attendais à recevoir un vieux brigand tout de cuir vêtu, enfin, l’idée générale qu’on se fait d’un agent des services royaux.
En fait, il était plus du genre faussement propre (peau rose mais odeur de bouc, un classique), barbichette taillée en pointe, regard habituel (concupiscent) et menton en galoche vaguement familier.
...
Cet idiot de Roran !
Je pensais être la seule survivante, mais j’avais oublié le chouchou de mon père, qui était absent ce jour où...
Toujours est il qu’il a tracé son petit chemin depuis cette époque, jusqu’à parvenir au poste si hautement convoité de coursier- secrétaire –portier –balayeur –à –ses –heures -perdues du SI : 7, un modèle de réussite.
Il s’est approché et m’a prise dans ses bras d’une manière un peu trop envahissante, signifiant clairement qu’il avait remarqué que la petite fille qu’il connaissait auparavant avait bien grandit.
« Alicia ! Tu es vraiment... sublime.
Tu ne peux pas savoir comme j’ai été surpris quand j’ai appris que tu étais en vie ! C’est incroyable ! »
« Et moi donc » répondis je d’un ton froid, avant d’enchaîner :
« Venons en à ce qui t’amène, je n’ai pas tout mon temps ».
En effet, j’avais rendez vous avec Méline pour discuter un peu du prix d’un tome ancien qui promets d’être fortement intéressant et je ne comptais pas m’attarder en familiarités douloureuses avec ce jeune fantôme tout droit sortit d’un passé qui plus est douloureux.
Ma répartie glaciale semblant l’avoir quelques peu déstabilisé, je me forçais à arborer un sourire aimable tandis qu’il enchaînait :

« Oui, bien sûr je comprends... Euh... Oui. Et bien tu n’es pas sans savoir que tes travaux intéressent fortement le SI :7, en particulier ceux sur la canalisation des énergies magiques, et nous... enfin mes supérieurs sont prêts à t’accorder leur soutien matériel... »

Levant un sourcil devant la mention de ces recherches que je pensais secrètes, et laissant mon regard vagabonder quelques instants sur la nappe crasseuse et l’assiette en étain miteuse au coin de laquelle un ancestral cuissot de chevreuil finissait de se décomposer, je finissais par répondre :

« Et en contrepartie ? »
« Et bien, je pense que tu ne verras pas d’inconvénients à ce que nous exploitions certaines découvertes, et à ce que tu réalise pour nous quelques petits enchantements...
Bien sûr nous te fournirons un local où mener tes expériences... »
Parfait, exploitée, et surveillée en plus...
Mais en fait je n’ai pas le choix.
On ne peut pas vivre totalement seul, coupé de la société, il faut bien gagner son pain, j’ai finit par l’apprendre, surtout que les savoirs anciens et les artefacts magiques se monnayent cher de nos jours.
J’étais sûre qu’ils finiraient par essayer de me contrôler.
S’ouvrent à présent à moi deux options : ou faire semblant de me soumettre ou entrer dans la clandestinité, ce que je préfère éviter, c’est un univers dont je maîtrise beaucoup moins les rouages.

~*~


« Un univers dont je maîtrise beaucoup moins les rouages... »
Ca s’apprends, songe elle.

An 23, fin de l'année.

Elle a enfin retrouvé leur trace. Enfin !
Et pourtant ce n’était pas si compliqué. Il suffisait de mettre le pied dans cette région pour trouver un peu partout la trace de l’œuvre des défias. C’était une terre qui autrefois avait dû être prospère. De longs champs de blé doré, la proximité de la mer...
A présent, les fermes étaient dans un état pitoyable, des familles entières s’y terrant dans la peur. Les villages de pêcheurs avaient été désertés.

Les défias ont parfaitement étendu leur emprise sur la région.

Enrya n’est ici que depuis quelques jours et a déjà eu largement le temps de le constater. Après avoir poursuivi son voyage avec ses deux amis, leurs chemins ont finalement dû se séparer. Elle garde d’excellents souvenirs de cette période, mais sa volonté de retrouver les criminels a finalement pris le dessus.
Et puis Aerth parlait de retourner en ville et songeait à mettre ses talents, exceptionnels, au service d’un certain « Ordre des Quatre Donjons » ou quelque chose comme ça. Dommage, elle aurait aimé en apprendre plus de sa manière de combattre, fluide et efficace, correspondant tout à fait à l’idéal qu’elle cherchait à atteindre. Elle se demandait d’ailleurs où il avait appris à se mouvoir de cette manière...
Tar semblait de plus en plus distant, rongé par quelque mal intérieur que la jeune femme avait échoué à identifier. De manière générale, il lui semblait que les deux hommes gardaient pour eux bien des secrets.

De toute façon, c’était sans doute mieux ainsi, elle doit faire ce qu’elle à faire ici seule.
Retrouver l’assassin, le liquider vite fait bien fait et tourner enfin la page. Mais elle a besoin d’informations.
C’est pour ça qu’elle est cachée dans ce tonneau moisi depuis environ deux heures.
Et ce qu’elle voit ne lui plait pas.

Il fait si chaud ici, son masque noir lui colle à la peau, et de douloureuses courbatures commencent à apparaître au sein de ses muscles. Repoussant une mèche de cheveux trempée de sueur, elle observe avec inquiétude l’agitation affairée qui règne dans les mines. Des hommes, des femmes, des voyous et des gobelins, chargeant et déchargeant des bateaux et ouvrant des caisses à l’intérieur desquelles brillent l’éclat familier d’armes tranchantes. Ils sont si nombreux... Tellement nombreux...

Seule, elle n’y arrivera jamais.

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Enrya
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MessageSujet: Partie VI, Défis   Lun 8 Oct - 21:02

An 2

On fait de drôles de rencontres au SI :7. Même si je passe la plupart de mes journées dans mon laboratoire des hauts étages, il m’arrive de croiser d’étranges personnes au détour des couloirs obscurs, quand je me rends aux archives qui se trouvent tout en bas de la tour.
En général ce sont des gueux, des mercenaires, des prisonniers, bref la lie puante des bas fonds d’Hurlevent, plus ou moins pestilentielle, mais j’imagine, utile aux espions du royaume...
Cependant ce matin, j’ai croisé le regard d’un prisonnier différent. Il contrastait avec le décor humide du petit bureau dans lequel il était bouclé, sûrement attendait-il d’être interrogé par un officier. De ne sais pas, comment dire, il semblait... décalé.
Il était vraiment beau, avec son visage si... exotique ! Si il n’avait pas les oreilles rondes, et une taille tout à fait humaine, j’aurai presque pu croire qu’il était un de ces fascinants hauts elfes dont j’ai tant étudié les écrits.
Cet homme éveille ma curiosité, j’ai envie de savoir pourquoi il est là, qu’il m’explique que c’est un malentendu. De le faire sortir d’ici, de l’aider à convaincre ses geôliers qu’il s’agit d’une erreur...
N’importe quoi.
J’écris vraiment n’importe quoi.

~*~

Il s’appelle Tariär Ilmarë et c’est un voleur. Un cambrioleur, et pas n’importe lequel semble il, l’un des meilleurs.
J’ai réussi à m’introduire dans sa cellule (le SI :7 possède quelques « suites » privées pour les prisonniers à garder au frais, sous la main, ou encore à éloigner de leurs congénères de la Prison de Hurlevent), mais j’ai quand même mis un certain temps à ouvrir la serrure, elle était protégée par des sorts complexes que j’ai été surprise de retrouver ici.
C’est vraiment une folie, je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça...
Peut être pour ça.
Il m’a regardé comme si il voyait un ange surgir des limbes de Lumière... Personne n’a jamais posé les yeux sur moi de cette façon.
Nous avons discuté un moment, il m’a raconté pourquoi il était ici. Ayant fui une situation familiale « instable » (il n’a pas voulu en dire davantage), il s’est retrouvé sur les routes du monde, désoeuvré et avec petit pécule au fond de la poche. Il a alors entreprit de « visiter » les endroits les plus inaccessible d’en ramener quelques souvenirs... C’est une histoire qui a le mérite d’être originale, même si quelque chose dans son comportement et dans l’aura qu’il dégage me dit qu’il n’est pas totalement sincère... Mais qui l’est, à propos de son passé ?
Ce fou a volé un trésor inestimable, une dague ancienne appartenant à la famille royale depuis des générations, et n’a même pas essayé de la revendre. Quand je lui ai demandé pourquoi il avait fait ça, il a répondu « Pour le défi ! », en souriant mystérieusement. Je lui ai promis que je reviendrai.

~*~

Excellente journée. J’ai réussi à invoquer un démon du soixante dixième cercle, une sorte d’œil lumineux qui dégageait une telle énergie maléfique que j’ai à peine réussi à le contrôler assez longtemps pour qu’il puisse me livrer des informations – j’espère essentielles - sur la nature de l’énergie de l'ombre. Bon, pour l’instant son récit reste sous la forme d’un charabia magique indéchiffrable, je l’ai donc enfermé dans une boule à mémoire pour pouvoir l’étudier plus tard. Ne reste plus qu’à espérer qu’il ne s’agisse pas encore d’un chapelet d’injures...
Et puis j’ai aussi réussi à négocier la libération de Tariär. Il a affirmé ne pas pouvoir restituer la dague, mais a bien voulu rentrer au service du SI :7 en tant que « récupérateur », c'est-à-dire cambrioleur officiel. C’est moi qui ai « soufflé » discrètement l’idée à Roran, qui est bien sûr convaincu à présent qu’elle vient de lui, ce qui est parfait.
Tariär se doute de ce qui s’est passé et m’a fait comprendre combien il était reconnaissant.
Il a aussi mis la dague en sûreté dans mon sac, enfin ça, je ne m’en suis rendue compte qu’une fois rentrée chez moi.

~*~


C’était la première fois qu’Enrya entendait sa mère évoquer son père.
Enfin, entendait... Façon de parler. Elle ne l’avait jamais vu, et avait donc relu avidement plusieurs fois la description que sa mère en faisait. Y était attaché un petit portrait, un dessin dans le style réaliste et précis de sa mère, dont les couleurs n’avaient pas été ternies par le temps... Magiques, sans doute.
La jeune femme ne pouvait pas détacher ses yeux du bout de papier.
Elle ressemblait à son père. Enormément. C’était la même, les traits féminins en plus. Le visage affichant le même air volontaire mêlé de douceur, le teint halé, les longs cheveux soyeux et dorés, la forme de ses lèvres, et même sa petite taille. Seuls ses yeux, gris clair, et bordés d’une épaisse frange de cils noirs différait de ceux, vert émeraude, de son géniteur... Relâchant enfin son regard, elle songea aux curieuses circonstances de la rencontre de ses parents.
Le SI :7. Curieux comme l’histoire pouvait se répéter une fois encore...
Elle commençait à mieux comprendre certains détails.



An 24
Hurlevent, toujours la même. Belle et fatiguante, agitée, et surtout... odorante ! Enrya sourit, heureuse de retrouver cet univers familier, bien que légèrement déstabilisée par le nombre de passants autour d’elle. On prend vite la douce habitude de la solitude. Avisant l’entrée de son ancien repaire, dans laquelle un gros rat noir file rapidement, l’amertume l’envahit et elle presse le pas. Elle a revu le ptit Joe. Qui n’est plus tellement petit, et n’est plus tellement Joe, défiguré qu’il est par la vie et par la rue. A 15 ans, à peine...

« Joe. C’est Enrya. »
« Rya... C’est bien toi mmm ? J’taurai pas reconnu tu vois, t’as changé... »

Elle avait en effet pris une dizaine de centimètre, ses cheveux teints en noir étaient coupés au carré, et ses sourcils étaient épilés différemment. Mine de rien, l’effet était spectaculaire - et voulu - : elle était méconnaissable.

« Ca te va pas les ch’veux noirs... Tu r’semb’ aux corbeaux de la Prison... »
« Comment va Kirg ? »
« Tarnag est mort... Kirg aussi. » Avait il dit, savourant son effet d’un air mauvais.
L’estomac d’Enrya s’était légèrement tordu en apprenant que son ancienne amourette avait fini ses jours pendu sur la place publique, pour avoir tenté de voler la besace d’un haut dignitaire, qui, pas de chance, était ce jour là escorté par les gardes royaux.
« Ca l’ui a fait un choc qu’tu part’, pour sûr... Le pôv’ gars était un peu pômé, et pi tu sais c’que c’est ici, les pômés font pas long feu, que j’te l’dis... »...
Ben voyons...
La nouvelle l’attriste mais elle ne peut pas s’offrir le luxe de se sentir coupable.
Ah... elle y est.
SI :7, indique le blason discret suspendu à coté de la porte en bois donnant sur une petite cour en pierre blanche, qui elle-même conduit à une haute tour le long des murailles. L’endroit est gardé par deux lanciers à l’air impassible.
« Bonjour. Je voudrais solliciter un rendez vous. »
« ... »
« Hum ! J’aimerai passer ! »
« ... »
« Messieurs !? »

Enrya secoue sa main devant le visage du lancier qui ne cligne même pas de l’œil.
Bon... On ne pénètre pas si facilement dans les locaux des services royaux...
Il va falloir qu’elle trouve une autre solution.
Les deux lanciers regardent s’en aller la jeune fille, qui a l’air résignée.
Mais qui ne l’est pas tant que ça.
Enrya défait sa cape, son gilet, sa tunique, ses chausses en cuir, ses bottes, ses gants, et les plies soigneusement, tout en grelottant dans l’air froid de novembre, sous le regard médusé d’un charretier qui passait par là.
Elle coince sa dague entre ses dents, dissimule divers couteaux dans ce qui lui reste de vêtements – donc, pas grand-chose : un corsage et des sous chausses légères en coton – et puis plonge.
L’eau est glacée et elle croise plusieurs grenouilles et autres habitants des douves. Elle nage parmis les nénuphars et la vase jusqu’au mur d’enceinte et entreprends de trouver une prise.
Voilà un défi comme elle les aime.
Enrya s’élève lentement en direction d’une mansarde sur le toit de la tour, mais déchante vite. C’est beaucoup plus compliqué que ce qu’elle avait pensé. A mi-parcours déjà, elle est épuisée, l’effort ne suffit pas à réchauffer ses muscles tétanisés par le froid, et ses pieds mouillés glissent sans cesse sur la pierre, l’obligeant à utiliser toute sa souplesse pour trouver des appuis improbables.
Finalement, elle atterrit à moitié morte de fatigue sur le toit d’ardoise, qui offre une pente propice à un peu de repos.
Elle découvre une vue... incroyable.
Les faubourgs de la ville s’étendent sur plusieurs lieues. D’ici, on distingue nettement les quartiers d’Hurlevent, coupés les uns des autres par la barrière scintillante des canaux, qu’enjambent de nombreux ponts de pierre.
Le quartier commerçant fourmille d’activité et les échoppes des marchands s’alignent, serrées, le long des rues encombrées de charrettes, de mercenaires, de gardes et de badauds. Au loin, les maisons des nains aux pierres noircies par la suie, étendent la fumée de leurs forges jusqu'au quartier immaculé du centre ville, où les hautes bâtisses de pierre blanche s’élancent fièrement vers le ciel, tentant de concurrencer l’édifice religieux qui domine la ville de toute sa splendeur.
Là bas, le donjon, les garnisons militaires où s’affairent les soldats, ici, la prison au milieu du fleuve. Les pelouses du quartier des mages forment une tâche verte au milieu d’habitations bigarrées. Le tout ceint d’épaisses murailles blanches, qui retombent à pic dans la mer d’un coté et de l’autre sont cernées par la forêt d’Elwynn.
A ses pieds, le vieux quartier aux maisons de bois et aux rues étroites.
Sur la tour, une jeune fille frigorifiée qui déjà, brise le verrou de la fenêtre en œil de bœuf et s’introduit à l’intérieur.



Dernière édition par le Sam 24 Nov - 2:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Partie VII, Séduction.   Sam 13 Oct - 0:00

An 3

Je me laisse aller avec Tariär, et je dois dire que ça fait du bien. J’ai l’impression qu’il réveille ce qu’il y a de doux en moi. Il m’aime, il me l’a dit hier. Je n’ai rien répondu.
Je suis sans nul doute capable de beaucoup de chose, mais aimer... je ne sais pas...
Parfois, quand il est là, la glace fond un peu. La magie reste mon âme, mon essence, ma vie, mais quand il est là, je m'en détache. Je vole.

Mais dès fois ça n'arrive pas, et il déteste ça, il dit que je l’effraie, que je suis différente. Sur ce point il se trompe, c'est quand il est près de moi que je ne suis pas moi même, pas le contraire.
D’ailleurs, il n’a rien à dire là-dessus, lui aussi est un autre homme quand il sait qu’il va partir en mission : fébrile, le visage déformé par l’adrénaline et la concentration. Quand je le vois comme ça, je pense que je comprends de quoi il a peur.

Roran m’a avoué que Tariär était devenu indispensable au SI :7, qu’il récupérait invariablement ce qu’on lui demandait. Il est plus froid avec moi depuis quelques temps, sans doute est il au courant de notre relation... Mais je n’aurai pas pensé qu’il réagirait ainsi. Serait il jaloux ?
Toujours est il qu’en l’entendant dire ça, une idée a commencé à germer dans mon esprit... Avoir quelqu’un qui me récupèrerait certains livres inaccessibles car jalousement gardés dans des collections privées, voilà qui ferait avancer beaucoup plus vite mes recherches...

~*~

Enfin il est à moi ! Bien en sûreté dans l’un des tiroirs de mon bureau en noyer, protégé par tous les moyens de verrouillage de ma connaissance, et il y en a beaucoup. Le tiroir en est couvert de runes, je n’ai pas réussi à en graver une seule de plus !
Quand j’ai essayé un des sorts, au hasard, j’ai été tellement soufflée par la puissance de cette magie que j’en ai instantanément oublié le sentiment de culpabilité qui me taraudait depuis quelques temps. Cela fait des mois que je le trace à travers les âges, et enfin, je découvre où il est stocké !

Tariär est gentiment allé me le récupérer. Enfin ça, il ne le sait pas, et je ferais en sorte qu’il ne le sache jamais. Il croit avoir obéi à un ordre de mission confidentiel du SI :7... Il n’aurait pas voulu si je lui avais simplement demandé, il ne comprend toujours pas ce que je fais. Il s’inquiète pour des broutilles.
J’ai découvert des secrets incroyables, dangereux mais heureusement bien gardés. Certains agents du SI :7 seulement se doutent de la portée de mes découverte, mais le secret, je pense qu’on peut dire que ça les connaît. Il serait stupide de m’arrêter à présent.

Cette lueur rouge au fond de mes yeux, c’est celle de ma passion, c’est l’aura de ma puissance.
Ca n’a rien à voir avec le regard d’un démon.

~*~


Maman...
Comment avait elle pu faire ça ? Manipuler ainsi l’homme, elle n’avait cessé de le répéter à sa fille, qu’elle avait aimé de tout son cœur ? Tout cela perturbait Enrya au plus haut point, et la confortait dans son opinion envers la magie, qui lui avait toujours semblé être une folie dangereuse.
Et son père...
Ainsi, il travaillait également pour le SI :7.
Curieux comme l’histoire se répétait. Parfois, elle avait l’impression que les décisions qu'elle prenait n’étaient pas le fruit de son libre arbitre, mais d’une sorte de fatalité, la manipulant et s’amusant avec un malin plaisir à lui faire croire qu’elle seule tenait les rênes de son destin...
Elle se rappelait ses débuts dans l’agence de renseignements...

An 24

Pas de chance. Elle aurait préféré une arrivée plus discrète, mais bon, après tout, on peut dire qu’ils l’avaient cherché...

La dizaine de maîtres espions regardent d’un air médusé une jeune femme en sous vêtements tomber du toit jusqu’au milieu de leur table, mais se reprennent vite.
En une fraction de seconde, Enrya peut sentir le froid métallique de diverses armes coupantes, tranchantes, perforantes, et autres, pointées sur sa peau en direction de ses organes vitaux.

« Voilà qui pourrait poser problème... »

Elle opte pour la solution lui semblant la plus simple.
Feignant d’ignorer la dizaine de visages menaçants, elle se débarrasse de sa dague et de ses armes, en prenant bien soin de faire des gestes très lents.
Elle ne remarque pas le regard d’un homme à la barbichette pointue, qui tombe avec stupeur sur le coutelas de sa mère, puis s’attarde sur les yeux gris clair de la jeune femme.
Enrya adresse à l’assemblée ce magnifique sourire éclatant, le même qu’elle adressait à sa mère quand elle venait de faire une bêtise.

« Vous embauchez ? »

[...]

« Bien... Tu as bien compris à quoi tu t’engages Keirin ? Une fois que tu es agent officiel du royaume, il n’y a aucun moyen de faire marche arrière. Demain, tu prêtera serment à ton supérieur et lui devra entière obéissance. Le moindre signe d’insubordination sera immédiatement sanctionné de mort.
En signant ceci, tu t’engages à travailler pour le compte exclusif du SI :7 pendant toute la durée du contrat, sauf bien sûr si un supérieur t’ordonne de prêter tes services à une autre organisation. Une fois ton contrat terminé, il te sera fortement conseillé de le renouveler. Dans le cas contraire, nous t’oublierons… à la seule condition bien sûr que tu nous oublies. Totalement. »

Enrya hoche la tête, relit plusieurs fois le contrat, attrape une plume, fait un geste pour signer... mais s’immobilise.

Elle a tellement attendu ce moment. Le moment où elle réussirait enfin à s’allier à l’organisation la plus puissante du royaume, celle qui luttait déjà activement contre les défias, celle qui l’aiderait à accomplir sa vengeance, celle qui lui apporterait aussi un salaire confortable, lui permettant de vivre, et non plus de survivre.
Voilà déjà une semaine qu’elle subit divers interrogatoires au fond de ce bureau crasseux. Ils veulent tout savoir d’elle, de ses motivations, de son passé, de ses capacités.
Bien entendu, étant donné ses antécédents tumultueux au sein du petit banditisme d’Hurlevent, elle s’est inventée un solide bobard, qui tiendra, elle l’espère, suffisamment longtemps.
Ils ont testé sa résistance psychologique, la faisant attendre dans cette pièce des heures. Seule une personne réellement motivée peut accepter de se faire malmener de la sorte.
En général, ils vous repéraient et vous choisissaient, et c’était la seule façon d’entrer à leur service. Et encore, les agents réguliers étaient très rares.
Pour elle, étrangement, ils avaient finit par faire exception. Il parait que quelqu’un avait insisté... Peu importe. A présent qu’elle a réussi cet exploit, elle hésite. A 16 ans, il est difficile de sacrifier trois ans de sa vie.
Trois ans. Trois ans de sa jeunesse, sans sa liberté chérie, voir plus, et le reste de sa vie sans doute à être épiée.
Oui mais aussi..., trois ans à faire l’unique chose pour laquelle elle avait des capacités, trois ans pour s’améliorer et profiter de la meilleure formation du royaume. Trois ans pour accomplir sa vengeance...

Enrya signe.
« Keirin Eliöte».

[...]

Enrya fatigue. Ce combat dure depuis trop longtemps. Elle pare un botte, contre attaque, recule, réajuste sa garde, jauge son adversaire. Grand, puissant, souple, vêtu d’un ensemble léger, permettant des mouvements fluides, semblable en tout point au sien. L’homme se bat à la rapière et est un adversaire redoutable. Fort et rapide.
« Surprendre, innover, jouer la finesse, mieux, deviner ses pensées... Se glisser dans l’esprit de l’adversaire, comprendre sa psychologie, anticiper les coups... »
Plus facile à dire qu’à faire.
L’épée siffle à un centimètre de sa cuisse. Instinctivement, et presque sans en avoir conscience, la jeune femme rentre en elle-même. Son image se fait floue, inconsistante.
Non. C’est de la triche. Elle réapparait.

L’homme joue avec elle, portant de puissants coups d’épée, précis qui plus est, l’obligeant à esquiver sans cesse et lui coupant toute initiative. Elle virevolte, sautille, bondit, danse avec grâce, mobilise la moindre de ses ressources. A ce rythme là, elle sera bientôt épuisée. Il faut absolument qu’elle abrège ce combat.
La jeune fille souffle, et baisse imperceptiblement sa garde.
La lueur de triomphe qui passe subrepticement dans le regard du bretteur lui signale qu’elle a gagné.

L’adversaire se fends en un coup d’estoc, Enrya se décale sur le coté au dernier moment, glisse le long de la lame et se retrouve collée à lui, une dague contre la gorge de l'homme, l’autre faisant sauter la rapière de sa main.
« T’es mort » souffle-elle, se dégageant et lui lançant un clin d’œil.

Le maître d’arme siffle pour signaler la fin du combat.

« Pas si mal Keirin. Les étirements habituels, et tu peut aller te reposer... »
« J’espère bien... Je suis épuisée... »

Le mouvement est furtif. Si elle avait été sur ses gardes, la jeune femme aurait pu distinguer que la posture de l’instructeur s’était légèrement modifiée, mais elle s’est détendue, heureuse d’en avoir finit, et... erreur. L’homme pivote sur lui-même et lance sa lame en direction du visage d’Enrya, qui a à peine le temps de s’écarter. Le tranchant du couteau lui érafle le visage et trace une longue ligne de douleur le long de sa joue.
La jeune fille, stupéfaite, se remet en garde rapidement, mais l’instructeur ne semble pas avoir envie de se battre.

« Epuisée hein ! Mais regarde toi donc, même pas capable de parer une botte de débutant ! Je ne veux plus t’entendre te plaindre jusqu’à ce que tu sois capable de mettre une déculottée à n’importe quel adversaire, tu m’entends ! Ca n’est pas avec des mauviettes pareilles qu’on va se débarrasser des défias et des ennemis du royaume ! Je te ferai bien courir un moment pour te le faire rentrer dans le crâne, si je n’avais pas peur que tu tombes en morceaux... »

Enrya se mort très fort la langue, résistant de toute sa volonté à l’envie de démonter le discours injuste de son instructeur, d’une bonne répartie bien cinglante, comme elle a toujours eu l’habitude de le faire.

L’entraînement est dur, certes, mais le plus compliqué est d’apprendre à tenir sa langue, à maîtriser ses impulsions, ses émotions. « Obéir et se taire » fulmine elle, en se laissant tomber sur sa paillasse.
Déjà presque un an d’entraînement.

Elle avait appris à fabriquer des poisons redoutables, des antidotes avec à peu près n’importe quoi.

Elle suivait des leçons d’escrime, où elle apprenait à manier tous les types d’armes adaptés à sa morphologie, soit les rapières, les lames fines, les épées à une main, les coups de poing, et les dagues. Avec une nette préférence pour ces dernières.
En général, la plupart des bretteurs préféraient utiliser la dague en association avec une rapière, mais Enrya avait mis au point un style très personnel de combat à deux dagues, qui avait l’avantage de surprendre et donc de déstabiliser les combattants chevronnés.
Quelques leçons de tir, où, après avoir prouvé son adresse longuement travaillée au lancer de couteau, elle s’était donné le défi de devenir un archer redoutable.
Entraînements au combat et à la défense à main nue. Leçons de gymnastique extrêmement éprouvantes, elle avait au début eu l’impression qu’on l’écartelait, elle qui se pensait pourtant souple... Sans compter les deux heures de course tous les matins, et les exercices d’escalade des remparts improvisés en plein milieu de la nuit.

Oui, l’entraînement physique était difficile, mais il portait ses fruits. Sa musculature s’était développée, affinée par les séances d’étirements, ses réflexes étaient meilleurs que jamais et elle apprenait chaque jour de passionnantes techniques de combat au corps à corps.
Et pourtant, on ne la jugeait toujours pas prête.

Le bas blessait lors de ce que son instructeur appelait « les travaux pratiques ». Soit de petites missions de reconnaissance, de transmission d’information, d’espionnage... ou de « neutralisation discrète »...
Enrya se débrouillait quand il s’agissait de se faire passer pour quelqu’un qu’elle n’était pas, après tout, elle l’avait déjà fait tellement de fois... Et ce don, cette aptitude à disparaître, l’aidait. Enormément.
Ca, et un joli décolleté (la séduction... arme ô combien sous estimée...), elle se sortait, avec plus ou moins de brio, de presque toutes les situations.

Mais il y avait un problème, un problème qui, elle en était consciente, faisait qu’on hésitait à l’envoyer en mission.

Là, tout au fond de sa cage thoracique, un petit organe palpitait encore.


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Enrya
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MessageSujet: Partie IIX, Tournants.   Dim 18 Nov - 17:51

An 7

Rien ne va plus, je ne sais plus quoi faire.
Je suis perdue.
Qui m’aidera ?
Personne. Personne ne peut comprendre.
Tout a changé aujourd’hui.
Quand Tariär s’est éveillé ce matin, j’ai croisé son regard, si confiant, si reconnaissant... J’étais tellement inquiète, j’ai tellement prié pour qu’il se sorte de sa torpeur... et pourtant à cet instant où ses yeux se sont ouverts sur moi je n’ai eu qu’un seul souhait : que ce douloureux miroir se referme, qu’il cesse d’allumer en moi les feux de la culpabilité.
Si il a failli mourir, c’est de ma faute.
Je l’ai envoyé récupérer une relique réprouvée, et il a été touché par la malédiction qui la protégeait. Il était presque trop tard quand on l’a retrouvé, je revois son visage cireux et je sens encore la faiblesse de son souffle sur mon visage. J’ai passé des heures à essayer de le guérir, et il est resté presque une semaine dans les limbes, avant que mes soins ne le ramènent à ce monde.
J’ai peur qu’il découvre ce que j’ai fait si il retourne au SI :7.
Et aussi... j’ai envie de passer à autre chose, de tourner la page.
Dois je tout lui dire, renoncer à la magie pour qu’on vive heureux, lui, moi... et l’enfant que je porte ?
Non... c’est trop tard.
Je sais que je dois prendre une décision.
Mon âme, pardonne moi, ce carnet sera la tombe de mes aveux, j’ai encore besoin de toi à mes cotés.
Il y a de ces instants où l’on sait que se retourner ne sert plus à rien. Ce n’est pas une fuite. C’est juste... que je suis allé trop loin pour abandonner maintenant.
Qu’est ce que j’ai fait ?


An 25

« Qu’est ce que je fait... », songe, une fraction de seconde, Enrya, alors que le corps de l’homme s’agite d’un dernier soubresaut avant de se figer dans une immobilité sans retour.

Elle se revoit quelques heures plus tôt, chuchotant sans le regarder et du coin des lèvres à son supérieur, Roran, assis à coté d’elle sur un banc de la grand place.
« Il n’y a vraiment pas d’autres moyens ? Nous pourrions fabriquer une fausse preuve... »
« Non... Ils vérifieront et finiront par découvrir la vérité... Ne les sous estime pas, surtout.
Ta mission est plus importante. Si pour gagner leur confiance, tu dois sacrifier cet homme, alors tu ne dois pas hésiter ! », lui avait il dit, et elle s’était exécutée.

Elle l’avait exécuté.

Elle avait empoché l’argent, avait couru à l’hôtel des ventes se dénicher du matériel, et avait passé le reste de la journée à peaufiner sa stratégie, en compagnie de l’agent qui l’accompagnerait tout au long de cette dangereuse mission. Aldric…
Le soir venu, à la réception, elle était devenue cette envoûtante mage du Kirin Tor, magnifique dans sa robe rouge en velours et parure de rubis, un costume qui ne dépareillait pas dans cette soirée dont l’opulence résonnait comme un écho de son enfance.

En apercevant sa cible et l’adrénaline avait commencé à faire son effet, elle s’était senti forte, incroyablement puissante, au dessus de toute cette foule qui gobait avec appétit le moindre de ses mensonges et était incapable de deviner ce qui se tramait. Ils ignoraient qu’une seule pression de ces si jolies mains, et... Elle se détestait pour ça, mais à cet instant là, elle avait apprécié ce pouvoir.
Elle l’avait frôlé discrètement, mimant une légère alcoolémie. D’un signe discret, elle l’avait attiré dans l’ombre de ce petit patio où glougloutait tranquillement l’eau pure d’une fontaine.
Le rubis sur la bague creuse de la jeune femme avait brillé furtivement.
Ils avaient trinqué.
Plouf.

A présent, Enrya reprends son souffle et détourne les yeux du faciès cireux qui gît à présent, baigneur grossier, dans la fontaine gelée. Elle retire ses gants en tisse mage et se hâte d’aller rejoindre son cheval, qui l’attends, docile, derrière le mur.
Une bête magnifique qu’elle avait pu s’offrir grâce à l’aide d’Aerth. Elle ne l’avait pas revu mais avait découvert avec stupéfaction que son ami avait pensé à elle, laissant un petit pécule à la banque à son attention. Elle ne l’avait pas deviné si riche, mais avait empoché l’argent avec gratitude. Le SI :7 ne payait pas si mal, mais les montures coûtaient décidément horriblement cher.
Elle s’accroche à ces pensées pour ne pas craquer, chevauchant à travers les bois en direction de la cache défias.
Les arbres défilent, les sabots du cheval résonnent sur le pavage de la route, et le vent rends le froid insupportable... Un froid... mortel...
Non.
Distraire son esprit, et recomposer le rôle à jouer, vite.
Elle n’a pas le temps d’avoir des remords.

« Florine, tu es de retour ! »
Enrya décoche un sourire charmeur à l’homme au foulard rouge qui l’accueille et lui fait signe d’entrer.
« Je suis un mercenaire, je travaille pour les défias, je n’ai pas peur, je ne les détestes pas, ce sont mes employeurs, je n’éprouve aucune haine, je suis un mercenaire... ».
Elle se répète inlassablement ce laïus mensonger, tandis que la bague de sa victime du soir tombe avec un bruit sec et métallique sur la table en bois.
Elle arbore un sourire satisfait. L’homme examine rapidement la relique, et la glisse dans sa poche, souriant.
Elle garde son calme même quand il s’approche, même lorsque sa main glisse doucement le long de son dos... Elle se dégage d’une pirouette et fait entendre un rire cristallin :
« Un peu de professionnalisme ! »
L’homme a l’air déçu... Cette jeune postulante, aussi belle qu’efficace lui avait pourtant semblé bien légère... Un peu de patience, et ma belle, tu finiras dans mon lit, songe-il en haussant les épaules.
« Quand est ce que je pourrais voir le chef ? Tu sais que j’aimerai vraiment m’engager davantage... Il me semble que je suis digne de confiance à présent non ? Ca n’est pas la première mission que je mène à bien. J’en ai assez que l’on me fasse mariner... Moi aussi je veux mon joli foulard carmin... et ma part du butin. », boude-elle.
L’homme la considère un instant... Farouche, mais motivée la petite... et semble-il, digne de confiance. Ce soir n’avait elle pas supprimé sans hésitation un indic du SI :7 ? En temps normal, il aurait appelé un mage pour s’assurer de sa totale sincérité... Mais après tout... Les mages suffisamment qualifiés étaient peu nombreux et occupés à des affaires plus importantes. Et ils avaient justement besoin de recrues motivées.

Enrya le regarde, l’air innocemment interrogateur. Son cœur bat la chamade, et elle a l’impression qu’il va s’en apercevoir... Elle tourne légèrement la tête vers la fenêtre de manière à masquer sa carotide, et réprime un sentiment de dégoût à l’égard de cet assassin au foulard rouge qui a tendance à la reluquer d’un peu trop près...

Mmmm c’est très bien, ça... Elle surveille l’extérieur... Bon réflexe, toujours être sur ses gardes...Cette Florine ira loin. Impitoyable, dénuée de toute compassion, charmante... Elle ne mentait pas. Il avait l’œil pour ces trucs là.

« Bien. On va dormir ici, attendre que l’agitation retombe, et demain, direction Ruisselune ! »
« Ruisselune ? »
« Oui ! ... Bon... Il n’y a qu’une seule couche et... »
Elle lève les yeux au ciel.
« N’y songe même pas. »
« Ingrate... »
Avec son sourire le plus charmeur, elle lui désigne un tas de paille dans le coin.
« Abruti... ... A présent, il est trop tard pour reculer. » songe-elle.

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Enrya
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MessageSujet: Partie IIX, Jeux dangereux.   Mar 20 Nov - 16:55


« - Tariär... Ca ne peut plus continuer...
- C’était un accident ma douce, ça arrive... Regarde moi, je suis en vie ! Tout va bien !
- Je ne veux pas que tu y retournes ! Je ne veut pas que tu continue à risquer ta vie tu m’entends... Tu n’est plus obligé... laisse tomber tout ça...
- Alicia... Même pour tes beaux yeux je n’arrêterai pas. J’y ai songé tu sais, mais... je ne peut pas rompre mais obligations envers le SI :7 ! Tu comprends ça ? Je ne peux pas me passer de ça, comme tu ne pourrais pas renoncer à ton obsession pour la magie...
- Mon obsession ! Cette obsession t’a sauvé la vie !
- Et elle te vole la tienne ! Regarde toi, comme tu es devenue maigre, comme tu es pâle, presque transparente...
Pourquoi m’accuses tu de mettre ma vie en danger alors que je supporte chaque seconde qui passe que tu joues avec la tienne ? Je pensais qu’on était d’accord là-dessus, chacun laisse l’autre vivre selon ses convictions.
- Tes convictions... Mon œuvre restera gravée dans l’histoire. Tu n’a pas de convictions, tu n’es qu’un cambrioleur, un banal voyou qui se cache derrière de soi disant nobles idéaux, tu te fiches de me faire souffrir, c’est l’inquiétude qui me ronge à ce point, pas la magie !»

J’ai fait semblant de rentrer dans une rage folle, je lui ai lancé une nuée d’oiseaux émeraude incandescents à ses trousses, et il est partit en courant. J’ai claqué la porte et fait exploser les oiseaux, histoire de boucler ma petite comédie en beauté.
Pars, pour mieux me revenir. Oui, reviens, nous serons heureux, je t’attends.



Enrya jette un regard inquiet derrière elle. Il ne reste pas beaucoup de temps, encore quelques secondes de plus, et on se demandera où elle est passée. De ses mains gantées et agiles, elle soulève rapidement les dossiers...
« Non... Non... Non... C’est pas vrai ! Elle devrait pourtant être ici cette fichue liste... »
Son regard parcours rapidement la petite pièce, scannant chaque objet, les murs de pierre lisse, les morceaux du plancher... Le morceau de plancher.
La jeune femme se précipite, examinant cette curieuse portion de sol dépourvue de poussière. La serrure dissimulée dans le bois s’ouvre avec une facilité déconcertante sous la pression du crochet d’Enrya.
Les registres doivent être là.
Elle identifie de la pointe de son outil un mécanisme de piège en contrepoids intégré à la cache.
« Facile !» songe-elle en attrapant une petite pierre détachée de la paroi. « Il suffira de mettre ça rapidement à la place du dossier, et le tour est joué ! »
Elle ouvre la cachette. Tout se passe alors très vite. Au centre du piège, là où devrait se trouver l’objet à protéger, plus rien.
Le contrepoids était retenu par un nœud d’un genre très familier. Nœud qui n’a pas supporté que l’on réouvre la trappe une seconde fois. Voilà ce qu’Enrya a le temps de penser en cette fraction de seconde où elle décide de ne pas pousser l’investigation plus loin.
Plonge en arrière.
L’explosion creuse un profond cratère dans le sol de la salle, et fait trembler les parois de la grotte.
« Discrétion optimale... » soupire-elle en se relevant péniblement. Des bruits de course retentissent déjà. Enrya s’élance dans le couloir sinueux, et se brûle en éteignant les flambeaux au passage, afin de bénéficier de le couverture de l’obscurité.
Les cris viennent aussi de devant. Enrya scrute les parois lisses du couloir. Aucune cachette, aucune issue.
Prise au piège.
Il est temps de disparaître.
Enrya se concentre, s’attends déjà à ressentir la sensation, si étrange et familière à la fois... Rien.
Rien ne vient !
C’est la première fois que ça lui arrive ! Que se passe il ?!
Une envie de vomir tout aussi familière l’envahit, et les ombres vertes mouvantes se rapprochant confirment son intuition : il y a là des mages, lançant probablement des sorts pour s’éclairer.
La jeune espionne s’empêche de toutes ses forces succomber à la panique. Il faut qu’elle réussisse, il faut qu’elle y arrive, allez, allez, arrache toi de leur vue ! Arrache ton image à leurs regards crétins, cache donc cette partie de toi, c’est si simple d’habitude !
Les cris se rapprochent.
« Aldric, imbécile... Si je meurs, je te promets que je te tue... »
Se concentrant de toutes ses forces malgré la nausée qui l’envahit, elle parvient enfin à retrouver la sensation.
Il était temps : deux groupes de défias crasseux se font à présent face, leur regard perplexes passant à travers Enrya sans la voir.
« Il a fouillé le bureau du chef ! Où a il pu disparaître ?! », s’interroge un colosse blond de deux mètres, 110 kilos au bas mot.
« Bloquons les issues, il n’a pas pu aller bien loin de toute façon ! Il faut le retrouver, ou le chef va nous étriper...», intervient alors Enrya.
« Elle a raison ! Allez vite, suivez moi ! »
Les défias se scindent en deux groupes, et s’affairent à coincer le voleur. Personne ne veut subir le courroux du chef. Personne ne remarque que pour la seconde fois en l’espace d’une demi-heure, Florine a disparu.
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MessageSujet: Partie IX, Spirale.   Sam 24 Nov - 2:40

Un feuillet de parchemin jauni est soigneusement plié entre les pages.

Citation :
« Alicia... Je ne sais pas ce que je ressens exactement en cet instant. Est-ce de la rage, du mépris, ou de l’inquiétude ?
Je suis allé au SI :7, j’ai prononcé ma démission, tu vois, j’aurai renoncé à tout pour toi. A tout.
Quand on m’a demandé le motif, j’ai invoqué l’échec de ma dernière mission. Ils n’ont pas eu l’air de comprendre, Roran m’a dévisagé comme si j’étais fou, et m’a rappelé, l’air perplexe, que ma dernière expédition avait été un franc succès.
Je pense qu’il est inutile de te décrire sa surprise quand je lui ai parlé de cette relique réprouvée, un artefact magique hautement dangereux mais tout à fait inconnu de leurs services.
Le croirais tu ? Mon ordre de mission était un faux. Un faux extrêmement bien imité, un faux de la facture arcanique la plus fine que le mage référent ai jamais vu.
Un faux qui a explosé en une multitude d’étincelles émeraude curieusement familières quand le mage a essayé de découvrir l’identité de son concepteur. On en a retrouvé une dizaine d’autres comme ça parmis mes ordres de mission.
Si il y a une explication à tout ça, si il y a une raison que je ne connais pas, viens me l’expliquer, je t’en supplie.
Tu sais où me trouver... »

« QUOI ? »
« Change de ton tout de suite, Keirin. »
« Non, mais qu’est ce que tu crois, Aldric , je ne suis pas ta subordonnée ! Qu’est ce que tu fichait sur cette mission ? Pourquoi n’étions nous pas coordonnés ? Nous sommes censé coopérer, pas nous saboter mutuellement ! Je suis d’ailleurs étonnée de ne pas être morte à l’heure qu’il est, déjà qu’ils commençaient à soupçonner l’existence d’une taupe...» crache-elle à la figure du jeune homme.
« Ce n’est pas moi qui déclenche des explosions pendant une mission d’infiltration... Après, ce que j’en dit... »
Enrya s’étouffe presque devant tant de mauvaise foi. Elle ouvre la bouche pour argumenter, mais sa répartie cinglante est soudainement stoppée par un baiser péremptoire.
« Si tu crois que tu va m’avoir comme ça... », souffle-elle, mais déjà elle renoncer à résister, relâchant colère et pression, heureuse d’être en vie dans les bras de l’homme qu’elle aime.
Son ressentiment et la peur accumulée s’évanouissent en un instant.
Rien ne peut l’empêcher d’apprécier ce moment.
Rien sauf... le regard calculateur dans son dos d’un vieil homme à la barbichette pointue, qu’elle sent se poser sur eux à travers les planches vermoulues de la porte, et lui fait regretter instantanément ce moment de bonheur volé.


Non... Les souvenirs tourbillonnent, chariant avec eux des émotions depuis longtemps enfouies. Elle ne veut plus se les rapeller.
Découvre une autre lettre d'une main tremblante.

Citation :
[i]
« Tu n’es pas venue. J’en tire mes conclusions. J’ai l’impression de me réveiller d’un rêve délicieux, mais qui n’était finalement qu’un mensonge, et d’apercevoir enfin la douloureuse vérité.
M’a tu jamais aimé ? Je pensais t’avoir comprise.
En fait nos vices et nos faiblesses se sont toujours dressés entre nous, formant une invisible et douloureuse barrière.
Si mon cœur m’aveuglait sur ce point, tu as toujours su le voir et en tirer profit.
Je ne sais pas ce que je vais faire, maintenant que je me rends compte que toute notre histoire n’était qu’une illusion, une manipulation, un coup monté de ta part servant uniquement ta quête de puissance. C’est une idée encore trop douloureuse.
Mais toi... toi tu devrais réfléchir à tout ça. Réfléchir où ton obsession t’a menée.
Tu ne cherches pas la connaissance mais le pouvoir Alicia.
La recherche du savoir n’est qu’une excuse, un masque très réaliste auquel j’ai voulu croire...
Idiot que je suis. L’amour ne rend pas aveugle, il rend stupide.
Je te laisse la dague. En souvenir.
T.A.L »


Keirin relève la tête, arrachée brutalement à sa concentration par un bruit de pas sonore en contrebas. Tous les sens en alerte, elle souffle la bougie, s’accroupit et tira la lame de son fourreau si rapidement que cela semble un seul et même mouvement.
Tapie dans l’ombre, et s’approchant avec lenteur de la fenêtre, la jeune femme découvre avec un bond au cœur le propriétaire des pieds bruyants.
En contrebas, un homme à foulard rouge, la torche à la main, regarde la pièce encore allumée une seconde auparavant avec un air suspicieux.
La jeune femme, dans un rituel mille fois répété, affirme la prise de ses doigts sur la pointe de métal, et fige tout ses muscles dans la position de lancer. Ses battements de cœur ralentissent tandis qu’elle projette son esprit jusqu’au bout de la lame, en osmose parfaite avec elle.
Deux reflets d’argent filent dans la nuit, l’un tranche la torche, dont le crâne décapité s’en va s’éteindre en crépitant dans l’eau.
L’autre tranche la gorge crasseuse du garde.

Un voile de cheveux noirs passe devant ses yeux, une voix douce et rassurante résonne.
« Fais de beaux rêves, ma chérie... »

Florine observe une torche projeter sa lueur mouvante sur le visage haï et pourtant si proche du maître défias.
« Vous faites un travail vraiment formidable... Notre section n’a jamais été aussi efficace que depuis que vous avez rejoint... Mais trouvez moi ce traître. »
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MessageSujet: Partie X, Sacrifices.   Mer 19 Déc - 19:44


Neuf mois se sont écoulés depuis que j’ai écrit pour la dernière fois dans ce journal. Neuf mois de souffrances horribles, de remords, de solitude.
Je l’aimais, finalement.
Ma solitude m’a donné à réfléchir.
Il avait raison.
Bien entendu.
Je n’était plus qu’une loque, une créature consumée par les arcanes, la magie du néant, et la lumière en même temps, un concentré pur d’énergie magique d’une puissance folle, capable de faire n’importe quoi pour engranger un peu plus encore de mana, un peu plus de pouvoir.
La magie est un art délicat, une question d’équilibre, une discipline où le voile séparant la maîtrise de la folie est extrêmement fin.
Je ne maîtrisais plus rien.

Les gens commençaient à en avoir peur. Une femme seule, enceinte, et qui de surcroît dégage une telle puissance, cela suffit amplement à déclancher la fureur populaire.
« Sorcière », l’accusation a commencé à fuser d’un peu partout.
Je me suis battue pour mon enfant. Pour échapper à tout ça, j’ai mimé la rédemption, j’ai rencontré des prêtres et ai supporté de longues séances de désenvoûtement visant à faire disparaître mon « lien avec les démons ».
Bien sûr, ce sont des élucubrations, la magie était devenue comme une drogue, mon problème n’avait pas grand-chose à voir avec les créatures démoniques, je les ai suffisamment étudiées pour reconnaître les symptômes d’une possession.
Le véritable combat, je l’ai mené seule.

Renoncer à la magie n’est pas si simple. C’est une souffrance physique et psychologique, même plus que ça, quand votre essence même n’est plus que magie, renoncer à la nourrir, c’est comme agoniser un peu plus à chaque seconde qui passe. Mourir sans jamais vraiment trouver le repos.

Aujourd’hui, après tant de souffrance, la flamme de la folie n’est pas encore éteinte. Mais ce n’est plus qu’une braise, une cendre cachée au plus profond de mon âme, rien de comparable à l’incendie qui me consumait auparavant, me condamnant à la solitude. J’ai toujours peur qu’elle se rallume, avec la certitude si cela venait à arriver, cette fois là, je ne saurai plus la contenir.
Je ne veux plus penser à tout ça... Je ne veux plus penser à ce que j’ai sacrifié.
Au moins aujourd’hui ne suis-je plus seule.
Elle a achevé ce que son père avait commencé à entreprendre : la gangue de glace autour de mon cœur s’est définitivement brisée.


« - Roran veut que je te livre à eux ! Il... Il veut te sacrifier pour détourner les soupçons de moi... Pour le bien de la mission dit-il... Ce salaud !
- Alors tu dois le faire.
-Non ! J’ai trop longtemps obéi aveuglément, mais là, il ne peut pas me demander ça ! Non, tu ne comprends pas ! Tu dois partir !
-Pas question. Il a tout à fait raison, et tu dois à avoir confiance en lui. Je te connais, tu es loyale, et c'est pour ça que tu va le faire, Keirin.
-Enrya. Je m’appelle Enrya. Tu vois, tu ne me connais pas si bien que ça. Et si tu ne pars pas... Alors je me dénoncerai à ta place. Tu n’as pas le choix. »

La barbe d’Aldric écorche doucement et pour la dernière fois la joue d’Enrya.



Dernière édition par le Mar 25 Déc - 18:18, édité 1 fois
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MessageSujet: Partie XI, Assumer les conséquences   Mar 25 Déc - 15:52

Elle est tellement mignonne. Elle ressemble beaucoup à son papa, sauf pour les yeux, qui sont gris comme les miens.
Je l’ai appelée Enrya.
C’est un nom unique, le prénom de la mère de Tariär, qui était une Elfe.
J’ai découvert que Tariär voulait dire « double sang », Al’Ilmarë « lueur des étoiles », Al’ étant une particule noble, enfin, à peu près, l’elfique ancien est très difficile à traduire littéralement.
J’ai adopté ce nom en hommage. Elle le recevra en souvenir.
J’espère que la folie du monde l’épargnera.



« Il est parti... Mais tu le sais déjà n’est ce pas ? » , hurle Roran, haineux.
Enrya ne réponds pas.
La gifle fuse, elle ne bronche toujours pas.
« Imbécile ! Tu pensais le sauver, tu t’es condamnée ! Tu as gâché la mission, et je veux que tu la termines ! Sinon , la situation va devenir impossible... Tu va mourir, et les défias seront toujours là ! Mais tu le sais...
Ne songe même pas à te faire la belle comme lui, Keirin ! Tu as signé, et tu va continuer à m’obéir, jusqu’à ce que ton contrat prenne fin ! » postillonne Roran, scrutant la moindre des ses réactions.
" Très bien. Selon mes renseignements, son bateau part au crépuscule. Je n'aime pas abimer mes agents, si indisciplinés soient ils... Un orteil de moins, et tu ne seras plus bonne à rien. Alors répare ton erreur."
Le sourire d’Enrya est résigné et indifférent, mais ses yeux dédaigneux et douloureux parlent pour elle.
« Aussi hautaine, stupide et insolente que ta mère, Enrya. », songe il.

Elle sait qu’il se délecte de la voir ainsi souffrir. Elle ne dit rien, mais pense très fort.
« Je vous déteste, vous, votre cynisme, votre cruauté, votre barbiche ridicule... Si vous saviez seulement ce que je vous déteste. Mais vous... pourquoi est ce que vous me détestez ? »


« Grande Instructrice d’Histoire Arcanique au service de sa majesté ».
Un titre pompeux, une fonction des plus soporifiques consistant à débiter des lieux communs sur l’histoire de la magie à de jeunes nobles présomptueux.
Une manne financière, un travail reconnu et sain, une opportunité d’élever ma fille dans un climat de reconnaissance sociale. Malgré la guerre...
Elle grandit bien, c’est déjà un petit singe, il semblerait qu’elle tienne décidemment beaucoup de son père. J’essaie de lui apporter une éducation complète, l’amour de la paix, et tout celui dont mon cœur de mère est capable.
J’ai vérifié : il semble qu’elle n’ai pas hérité de la moindre parcelle de mon don pour la magie. Totalement dépourvue de la moindre sensibilité en la matière !
Tant mieux.

~*~

Enrya va commencer les cours de combat. Elle a bondi de joie quand je lui ai annoncé la nouvelle, c’est une petite fille très active, spontanée et curieuse, et même si elle s’applique à apprendre ses leçons, je pense qu’elle a besoin de se défouler.
Mais ce n’est pas seulement pour son bien être que j’ai pris cette décision. Je pense qu’elle est en danger et je voudrais qu’elle sache se défendre un minimum.
J’ai reçu des menaces.
Chantage.
On convoite mes secrets, qui ne sont pas finalement si bien gardés. Je ne sais pas si je pourrai résister longtemps, j’ai très peur pour ma fille, je ne veux pas qu’elle paye pour mes erreurs passées.


Le vin a un goût amer, et le sourire du défias ressemble davantage à un rictus.
« A la tienne, Keirin. »
Enrya comprends à cet instant là que le SI :7 l’a abandonnée. Que Roran n’a eu aucun scrupule à sacrifier son agent le plus efficace au premier signe de déloyauté, comme il a regardé Aldric mourir avec la satisfaction du travail bien fait.
Le poison défias cours une nouvelle fois dans ses veines.
La suite dans la partie "Antichambre"

Ils ont empoisonné Enrya. Elle est très malade, son front est brûlant et elle gémit de douleur dans son sommeil. Ils ne me remettront l’antidote que si je les aide.
Pourquoi moi ? Pourquoi ma fille ?
Il y a tellement d’autres personnes mieux indiquées qu’un mage à la retraite, certes anciennement puissante, mais... Je ne sais pas pourquoi ils pensent que j’en serai capable, ce qui est sûr c’est que je vais le faire. J’aurai besoin d’utiliser la magie. A cette pensée, mon sang se glace, mais d’un autre coté... Retrouver cette douce sensation, qui rend tout tellement, tellement plus simple...
Ne cesserai-je jamais de lutter ?


Dernière édition par Enrya le Lun 17 Mar - 19:59, édité 2 fois
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Enrya
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MessageSujet: Epilogue   Mer 16 Jan - 13:29

*griffonné difficilement*
La magie... je ne le supporte plus, trop destructeur. Cela fait trop longtemps, et j’ai peur à présent à chaque seconde qu’elle me submerge...
Je ne peux pas me résoudre à détruire ce carnet... C’est devenu comme une petite part de mon âme, après tout ce temps. Vais le cacher ici.
Je devrais faire une pause et essayer de la faire refluer, sinon je vais... Mais le temps manque cruellement.
Mon choix est fait.
Je dois d’abord songer à protéger ta fille, Tariâr.


Le a se dilue, se déforme, s'étire, formant un caractère inédit en se mélangeant au r voisin. L'encre, comme habitée par une nouvelle vie après toutes ces années de sommeil, s'anime à nouveau sous la poussée de l'eau salée, dessinant le long des fibres du parchemin une étoile mouvante.
Enrya n'est plus là. Elle est de nouveau là bas, des années auparavant... Les digues si solides de sa mémoire, renforcées avec soin depuis des années, cèdent sous la pression d'une simple larme.


Il fait noir, je suis seule, je souffre, j’ai peur. Tout en moi n’est plus que froid et douleur, et je sens la vie s’échapper lentement de mon corps...
Et puis tout à coup je la vois, et cette vision, normalement si chaleureuse et rassurante, me glace le sang encore davantage. Elle a l’air si blanche, si faible, et ses yeux habituellement si semblables aux miens, d’un gris si doux, sont à présent entièrement noirs, comme une nuit sans lune et sans étoiles.
Elle me verse le contenu d’une fiole dans la bouche, d’une main tremblante, me caresse le front, mais le contact de sa peau glacée me fait frissonner.
Qui a fait ça à ma mère ?
Qui est le responsable ?
Plus je reprends des forces, plus elle semble dépérir. L’antidote me rend la vie, mais tandis que je me relève, ma mère tombe, tremblante.
« Maman ? Maman ! Qu’est ce que tu as ! »
Elle me regarde et au fond de ces puits de ténèbres, je vois une lueur grise qui lutte pour reprendre le contrôle. Elle me sourit et se relève.
Des bruits de pas résonnent en bas, quelqu’un monte l’escalier, on entends la septième marche grincer, celle que l’on avait jamais eu le temps de réparer.
Et soudain ils sont là, deux, silhouettes noires, foulards rouges.

« Qu’est ce que ... vous faites encore ici ? Nous avions un accord ... vous... et moi... », souffle Alicia avec difficulté.
Je la vois faire des signes étranges en ma direction avec ses mains derrière son dos, elle forme des runes dans l’air, et le temps semble ralentir, je ne vois plus que cette chorégraphie gracieuse tracée d’une main qui ne tremble plus.
« La gamine... elle vit encore, c’est pas possible ! Ce poison aurait dû la mettre KO en moins d’une heure pourtant... Bah, pas grave, achevons le travail. »
J’entends la silhouette rire, d’un rire glacé, sans pitié, mais je me sens d’un coup plus légère, comme si je flottais entre ici et ailleurs. Même les larmes de peur qui dégoulinent sur mes joues me semblent inconsistantes. Je vois les choses différemment, à travers un voile émeraude doux et fragile. Mon corps disparaît, mon image se fond un peu dans mon esprit, je suis toujours là mais on ne peut pas me voir. Mon esprit, mon âme, mon corps sont envahis d’une chaleur veloutée et protectrice, je me sens bien, invincible, rien ne peut plus m’atteindre !
Une goutte de sueur perle sur le front de ma mère, butte contre ses longs cils noirs, dégouline le long de sa mâchoire crispée par l’effort.
L’homme s’avance, un sourire cruel aux lèvres, une épée à la main.

« Sois libre, Enrya. Je t’aime. »

Les assassins ne sourient plus. Ils me semblent, au contraire, terrifiés.
Ma mère fait écran, et tout d’un coup, je sens comme une ombre glacée envahir la pièce, et elle semble un instant flotter dans les airs, avant que tout ne devienne plus qu’énergie émeraude, ténèbre noire et violette, lumière blanche aveuglante. Ma mère crie, débordée par sa propre magie.
En cette seconde éternelle, le fil ténu qui reliait l’âme fragilisée d’Alicia a son corps cède sous le souffle dévastateur.
En cette demie seconde, oubliée depuis longtemps, une part sombre et infime de ses envies, de ses désirs, se raccroche au monde à travers l’esprit de sa propre fille.
Et puis tout s’arrête.
L’homme retombe, inerte, Alicia retombe, inerte.
Le sortilège de protection retombe, inachevé, ne laissant plus derrière lui que cette empreinte en moi, l’impression d’être transparente.
Je me sens échouer à coté du corps de ma mère, je me sens incapable de pleurer, je ressens la haine pour la première fois en arrachant ce détestable foulard de la face de l’assassin.

Suivre la lumière quand on est perdu.
L’un des plus vieux réflexes de l’humanité.

Il y a trois éclats dans le soir tombant. L’un vient d’un pendentif scintillant dans la main gauche de ma mère, l’autre d’une dague magnifique le long de sa ceinture, le dernier d’une étoile rouge précoce qui se lève dans le crépuscule.
Je m’empare des deux premiers, et suivrait, toujours, la troisième.
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