AccueilPortailFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 [HISTOIRE] La Veille de Strom.

Aller en bas 
AuteurMessage
Assahab
Grand Commandeur
Assahab

Nombre de messages : 778
Age : 51
Localisation : Auprès de la Marque, en tout temps
Date d'inscription : 16/10/2006

MessageSujet: [HISTOIRE] La Veille de Strom.   Mar 13 Fév - 19:23

[HRP] Ce message comportera une série de texte racontant la fondation de la Veille de Storm et ses premières années. Une fois complété, il viendra enrichir la partie "Histoires et légendes de l'Ordre" actuellement en cours de construction sur le site[/HRP]

Journal d'Aerith Calheb Al'Fier Al'Lia (1229-1278), Capitaine de l'Epée

An Mil Deux Cent Cinquante Cinq du Pacte
Septième Lune, Jour du Concile.



La nouvelle est tombée ce matin, terrible, assassine. Strom sera abandonnée, les Quartiers Généraux seront transférés en Lordaeron, loin au Nord… Je n’ai pas l’habitude d’écrire, je n’ai pas l'habilité requise pour poser avec clarté et poésie les mots les uns auprès des autres comme le font les Chantres, mais l’affaire me semble par trop importante pour que je ne m’efforce pas d'en conserver quelque trace.


Strom abandonné !! Oubliés, nos Pères, nos illustres descendants ! Oublié aussi, le Serment des Quatre, oublié le Pacte Fondamental ! Trahison ! Et les Sages de la Balance qui n’y voient aucune objection ! Servent-ils seulement encore à quelque chose ou sont-ils impotents et stupides à ce point qu’ils ne voient pas quel terrible coup on porte à l’Ordre ? Les habitants délaissent peu à peu leurs terres natales ? Qu’importe, puisque nous avons juré de protéger jusqu’au dernier de ceux qui resteraient !
Mais voiici la réalité : il suffira qu’une fantaisie quelconque prenne l’ennemi et il pourra en toute sécurité fondre sur Arathor, la posséder, semant ruine et désolation à sa guise. Où seront les Quatre Tours à ce moment-là ? Comment sauront-elles justifier leur désertion ? Le peuple, si peu nombreux qu’il soit, se détournera et nous qualifiera de traîtres… Notre réputation sera ruinée!Le Grand Commandeur prendra alors conscience de la tragique erreur qu’il commet.

Cependant, hier encore, La plupart d’entre nous nourrissaient un réel espoir. A l’annonce du bouleversement qui s’annonçait, tous les dignitaires des Quatre Familles avaient été convoqués. Les Détachés eux-même étaient venus, pour certains de très loin. L’on organisa de grandes fêtes, les musiques sonnèrent, la nourriture fut abondante. Pourtant, je suivis les réjouissances sans bonheur, et j’ai le sentiment qu’il en alla de même pour les autres. Les joies étaient distraites par l’ampleur de la décision à prendre. C’est ainsi que ce matin, dès l’aurore, tout ce que l’Ordre comptait d’officiers dans les Sept Royaumes se rassembla sous l’imposante voûte de la Grande Salle. Les autres membres furent également conviés, et les travées circulaires prises d'assaut. Image saisissante d’une foule compacte et solennelle, où l’éclat des tenues militaires d’apparat croisait le feutre raffiné des robes enveloppant les diplomates.

Cherchant une place libre, je rejoignis le Quart de l’Epée, et me plaçais entre deux Capitaines dont j’ignorais le nom, et qui furent surpris de se voir ainsi séparés. A en croire la couleur de leur tenue, ils venaient certainement de Kul Tiras. Je les saluai poliment et m’excusai de mon intrusion en invoquant le manque de place flagrant et la taille trop restreinte de la salle. Puis mes yeux se portèrent vers la voûte ; mon esprit était peu enclin à discuter plus avant. L’on avait allumé les quelque trois-cents bougies du lustre de fonte démesuré qui surplombait la pièce, mais déjà la lumière du jour naissant qui filtrait au travers des Grands Vitraux rendait inutile leur présence. J’observais encore la Grande Salle du Concile, vaste amphithéâtre cerclé de bancs usés, traversé par quatre Allées se rejoignant au centre. Là trônait l'estrade qui servait aux discours.Chaque Quart était réservée à l’une des Familles.

L’on attendit encore pendant une vingtaine de minutes, et le murmure des discussions se transforma progressivement en un grondement impatient. Enfin, les Grandes Portes s’ouvrirent, et les Hérauts annoncèrent en grande pompe :

« Danieth Al’Syb Al’Kali, Grand Commandeur de l’Ordre, Protecteur des Quatre Familles, Porteur de la Marque ! »

Le Grand Commandeur entra, imposant et grave. Tous portèrent leur attention sur cet homme si particulier qui conduisait leur destinée commune. La plupart le rencontraient pour la première fois, et de nombreuses mines exprimaient leur surprise, voire leur déception, devant l’austérité de son habit protocolaire. Une chemise de soie noire, au col relevé, aux manchettes discrètement brodées d’or, un pantalon simple, noir également, et des sandales de cuir sobrement lacées à la naissance de la cheville.

Dans n’importe quelle rue de Strom, il serait passé totalement inaperçu.

J’avais déjà aperçu le Grand Commandeur auparavant, et sa vue ne me troubla pas. J'étais certain que l'incrédulité ferait bientôt place à une curiosité avide. Effectivement, lorsqu’il eut traversé la salle, gravi les quelques marches de l’estrade, et que tous purent le voir mieux, les regards convergèrent vers l’encolure de sa chemise.

Là, un petit objet scintillait discrètement, attaché à une chaîne d’argent suspendue autour de son cou. Mon voisin me souffla à voix basse :

« La Marque….La Marque »

Je me tournai pour acquiescer, mais l’autre ne prêtait pas attention à moi, tout fasciné qu’il était par sa découverte. La Marque. Elle était trop petite pour être clairement distinguée, ou plutôt, le Médaillon était trop petit pour que l’on distingue La Marque qui se trouvait dessus. Une voix puissante s’éleva, le Grand Commandeur parlait :

« Mes amis, mes pairs, c’est une grande joie et un grand honneur de vous retrouver tous ici ! Cette journée sera mémorable, et nos Chantres la conteront encore longtemps après Notre Temps ! Mon cœur se remplit d’émotion à vrai dire, devant le scintillement des plastrons de l’Epée, mur inébranlable sur lequel se briserons nos ennemis, s’ils ne prennent pas peur à la vue de notre Grand courage –ses yeux se tournèrent un instant vers moi, intenses, intelligents, insoutenables, et seul l’habitude militaire me fit soutenir son regard --. Il se gonfle de fierté à votre vue, Plumes Protectrices, garantes de la paix, artisans quotidiens de notre splendeur ! Et voici l’Essence, dont la renommée et les grandes qualités sont connues au sein du Kirin Tor même !! Et vous mes amis enfin, Sages d’entre les Sages, garant de notre intégrité, honorables membres de la Balance, je m’incline devant vos connaissances innombrables.

Oui, mes chers Frères, lorsque je vous vois ici réunis, je sais que le Serment des Quatre est bien vivant encore, je sais qu’Arith approuverait, je suis persuadé que Prythémus serait ému, lui aussi ! Galaâd Dar Anmar I Dûr Arith Dâr !»


Il avait prononcé ces dernières paroles les bras écartés, et la foule qui s’était échauffée au fur et à mesure de son discours scanda d’une seule voix ses dernières paroles. Je m’aperçus avec stupeur que j’applaudissais également, et mes voisins scandaient sans retenue des « Gloire aux Quatre Tours ». Je me forçai à méditer, à contrôler mon souffle. Ne pas se laisser entraîner par cette prose…Se concentrer sur les enjeux. Le Grand Commandeur désirait déplacer le siège de l’Ordre. L’Epée, après une court débat interne, s'était unanimement prononcé contre.J’ignorais cependant le sentiment des autres Familles. Les vivats de la foule ne me rassurèrent pas. Cependant, Danieth, qui s’était interrompu et savourait la portée de ses paroles, eut un geste d’apaisement et le silence retomba, léger et instable cette fois. Il reprit.

"L’enjeu de notre réunion est historique ! Vous le connaissez ! Depuis longtemps maintenant, le Royaume d’Arathor décline, ses sujets quittent progressivement ces terres pour rejoindre les contrées fertiles du Nord et la cité de Lordaeron ! L’Ordre cependant doit continuer son œuvre, et doit employer ses ressources là où les peuples ont le plus besoin de lui ! Cet endroit n’est plus ici, chers Frères, cet endroit n’est plus ici ! L’évidence ne peut que s’imposer à nous ! Lordaeron est ce lieu nouveau que nous devons remplir des plus hautes espérances ! Voici donc énoncée clairement la décision que vous devez prendre aujourd’hui, et j’appelle les Commandeurs à se lever et à exprimer leur réticence, dès à présent ! Sinon, qu’ils apportent leur voix à cette cause ! L’affaire est cruciale, ce vote devra faire l’unanimité, mais j’ai confiance en son issue !"

Mon souffle se coupa, j’observai attentivement la première travée. Celle-ci, légèrement en avant des autres, ne soutenait qu'une personne par Quart. Les Commandeurs allaient s’exprimer. Mes sens étaient aiguisés à présent, le moindre crissement d’un ongle sur le bois, la plume de l’Intendant qui grattait le papier et notait au mot près les propos qui étaient tenus, tout me semblait un horrible vacarme.

Le temps du vote était venu.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://quatretours.positifforum.com
Assahab
Grand Commandeur
Assahab

Nombre de messages : 778
Age : 51
Localisation : Auprès de la Marque, en tout temps
Date d'inscription : 16/10/2006

MessageSujet: Re: [HISTOIRE] La Veille de Strom.   Ven 4 Jan - 17:29

Journal d'Aerith Calheb Al'Fier Al'Lia (1229-1278), Capitaine de l'Epée

An Mil Deux Cent Cinquante Cinq du Pacte
Septième Lune, Jour du Concile
.

Un murmure indigné parcourut tout à coup les travées de notre Quart. Notre Commandeur devait s’exprimer en premier, et je le dévorais des yeux, le cœur impatient à l’idée d’entendre dans sa bouche l’expression fière de notre résistance contre la folie qui opérait ici. Seulement, il n’eut pas même le temps de se redresser pour obtenir le droit à la parole. Déjà, une femme s’était levée du côté de la Plume et venait d’interpeller Danieth. Qu’une Epée ignorât certaines subtilités du protocole, voilà qui n’aurait choqué personne, mais qu’il s’agît d’un édile, voilà ce que nombre d’entre nous perçurent comme une provocation intolérable. Le front du Porteur lui-même s’était plissé d’irritation. Seulement, Agaëtha Tandyr Al’Palïn Al’Seneva – car il s’agissait bien d’elle, je l’avais reconnue, pour l’avoir croisée une fois – s’était empressée de brandir un parchemin dont le sceau complexe n’échappa à personne. J’en eu le souffle coupé et je frottai mes mains d’inquiétude. C’était une Ordonnance de l’Intendance Royale, qui portait vraisemblablement l’écriture de Theredim le Pur lui-même!

Dans l’assemblée, la curiosité balaya la colère, et l’on observa avec avidité la petite dame ronde. On s’interrogea rapidement dans nos rangs sur les titres et les devoirs de ce visage replet qui dévorait goulûment l’assemblée de ses yeux pétillants, dévoilant à chaque mouvement les fastes de sa robe de soie verte brodée d’or. Les Pairs de l’Epée ne côtoyaient que rarement les hauts membres de la diplomatie, et personne autour de moi ne semblait s’imaginer qu’il pût s’agir là de quelqu’un d’important, malgré la qualité du document qu’elle portait à la main. Aussi, certain de mon effet, et peut-être parce que je désirais calmer les agitations de mes Pairs, je murmurai enfin le nom de la Chancelière des Quatre Familles, le déposant dans leurs oreilles comme on encoche une flèche enflammée dans la corde tendue d’un arc. Quelques instants plus tard, un feu attisé par l’immense renommée d’Agaëtha Tandyr avait tout dévasté sur son passage. Un silence anxieux, des visages ahuris et une tension extrême s’était saisi du Quart. On jurait quelques instants plus tôt, on attendait à présent, observant avec crainte cette petite chose bouffie créditée d’exploits déconcertants qui alimentaient les plus folles rumeurs.

« La Chancelière ! Une femme aguerrie, commenta une jeune recrue bien hardie et comme enivrée par cette révélation, juste derrière moi. C’est elle qui a fait plier Derethor l’Ancien et a scellée ainsi notre victoire sur les champs d’Aksathi en brisant la Coalition des Traîtres ! Combien de vies elle a déjà sauvées !

- Et combien d’autres en a-t-elle prises ? répliqua une seconde voix. Elle aurait fait plier Derethor? Elle l’a assassiné, voilà la vérité. Si ce tyran ne se montre plus, c’est qu’il ne foule plus le sol des Deux-Terres, tout simplement ! Et je connais une source de confiance qui m’a affirmé qu’Agaëtha s’en est chargée elle-même. De ses propres mains entends-tu ? Une Main Noire de première qualité, assurément ! Comment ? Ne me regarde pas ainsi, ils sont sots ceux qui lisent les récits populaires sur l’Oeil d’Arith comme s’il s’agissait de vaines légendes ! Leurs ombres glissent dans nos couloirs, c’est la vérité ! Quoiqu’il en soit, comment une femme aussi rondouillette peut être aussi habile et mortelle, voilà la seule chose qui n’a pas de sens pour moi. Voyez-là marcher vers l’estrade, elle peine à en monter les marches !

- Qui te parle de briser des vitres, de sauter du toit d’une bâtisse ou d’utiliser des dagues avec fulgurance ?, susurra un troisième. Non, considère bien plutôt qu’on la dit Maîtresse inégalée dans l’art insidieux de la confection des poisons. On affirme qu’elle sait créer des onguents mortels, des boissons au goût délicieux dont l’ingestion ou même le seul contact vous foudroie quelques heures après les avoir avalés ou touchés. Concernant Derethor, je sais avec certitude qu’elle avait donné à laper quelques gouttes d’un de ses funestes breuvages à la bête favorite du vieux fou. Le pauvre chien s’en était pourléché les babines et le museau de joie, et c’est sa truffe chaude ainsi imbibée qui a causé la perte de son maître. Derethor s’est anéanti lui-même en caressant son fidèle, un matin de chasse. »


Un Capitaine, excédé par les babillages incessants de ces hommes, coupa finalement court aux conciliabules.

« Sottises, elle n’est rien de tout cela. Les latrines les plus puantes du Royaume vous attendent si j’en entends un de plus parler ainsi, écoutez plutôt la communication que Dame Tandyr souhaite adresser au Concile. Voyez plutôt comme elle semble se gargariser de sa future victoire. »

Agaëtha était entre temps monté sur l’estrade, et il était évident qu’elle fixait plus précisément notre Commandeur, avec un sourire de défi qui ne manqua pas de nous alarmer.

« Honorés Pairs de l’Ordre, vénérés sages de la Balance, une nécessité d’une urgence impérieuse me force à m’exprimer avant notre très estimé Commandeur de l’Epée, ce contre toute convenance. Il me faut en effet rapporter un fait exceptionnel et extraordinaire qui pourrait avoir de grandes répercussions sur les débats que nous menons actuellement. L’Ordre s’apprête à prendre une décision historique, et d’aucuns penseront peut-être qu’en quittant la terre qui a vu naître nos Fondateur et nos Pères, nous courrons droit à notre ruine et perdrons notre honneur et l’estime du peuple que nous soutenons et protégeons. »

J’ignore ce qui tout à coup me plongea dans un profond désespoir, de cette voix claire et assurée qui sous des airs policés cherchait à transpercer nos dernières résistances, ou de l’éclat carmin de ce sourire insistant qui brillait de la certitude d’une victoire prochaine. Peut-être était-ce également la vue du Commandeur, qui avait insensiblement courbé la tête. Il avait déjà tout deviné, j’en étais persuadé. Agaëtha continua, implacable.

« Chacun d’entre nous s’est bien évidemment posé cette même question. En déplaçant le théâtre de nos œuvres, en modifiant la nature même de notre allégeance, ne contrevenons-nous pas aux Principes les plus élémentaires, n’enfreignons-nous pas les serments de nos illustres Fondateurs ? Ceci est facile à vérifier ! L’Ordre sert le Roi d’Arathor, aujourd’hui encore comme au premier jour, comme Arith servait Thoradim ! En conséquence, qui d’autre pouvait donc mieux que lui nous éclairer sur le meilleur chemin à emprunter pour le servir, Lui et son peuple ? C’est bien à son avis qu’il faudra se ranger ! Le Porteur de la Marque, dans son infini sagesse, avait demandé conseil auprès de sa Majesté, qui s’était donné quelques jours pour répondre, mais avait depuis semblé submergé par d’autres soucis. Il ne nous a pas oublié cependant, et la réponse est parvenue à la Chancellerie, ce matin même ! Ecoutez donc les conseils avisés de Theredim le Pur ! »

Agaëtha referma sèchement sa main sur le parchemin, et le sceau craqua en un bruit sourd. En cet instant, j’eus envie de quitter cet endroit, tant tout ce qui m’entourait me répugnait. Mes compagnons me semblèrent stupides de se prêter ainsi au jeu de cette femme cruelle qui les ensorcelait, tellement lâches de se rendre simplement à l’avis d’un être dont ils craignaient le nom. Tout ceci n’était qu’une bouffonnerie absurde. Les citoyens d’Arathor s’écoulaient hors des frontières du pays, et la vie quittait le corps d’un Roi mourrant qui n’avait jamais caché sa préférence pour ces contrées fertiles du Nord, quand les fières terres de ses ancêtres paraissaient si hostiles et entourées d’ennemis. Cela ne faisait aucun doute, la nature de l’avis qu’allait lire la Chancelière forcerait l’ensemble des Pairs à s’y rallier ! Désobéir au monarque paraîtrait purement impossible. Fussent-ils sourds pour ne rien entendre, fussent-ils aveugles pour ne rien voir ! Allons, un vieillard aigri, voilà une proie facile pour le venin de cette femme. Elle lui avait vraisemblablement dicté elle-même le contenu du parchemin qu’elle lisait à présent. Je n’entendis même pas les mots que prononça Agaëtha tant l’ire qui naissait en mois m’accaparait.

Je croisai alors le regard de notre Commandeur. Son œil errait sans éclat, sa main ébouriffait frénétiquement ses cheveux, et son souffle lourd expulsait avec lui un gémissement sourd et douloureux. A peine osait-il encore nous observer, nous qu’il allait trahir irrémédiablement en se ralliant à l’avis de la Plume. Son cou était rentré dans ses épaules, et il ployait à présent complètement sous le poids insoutenable de ses devoirs. Lui qu’aucune épée n’avait jamais réussi à vaincre, lui qu’aucun ennemi n’avait jamais osé railler dans la furie des combats, ce héros que nous vénérions tous s’effondrait, et tous nous tombions avec lui, étouffée par le froid appétit du reptile qui sifflait à la tribune.

Nos yeux se baissèrent. Nous n’allions pas même protester, et Strom allait être abandonnée, définitivement.

« … aussi, vos devoirs vous commandent de partir, définitivement, et de servir, pour les siècles à venir, le jeune et déjà puissant Royaume de Lordaeron. Puisse-t-il en être ainsi . »

La Chancelière s’interrompit. Une salve d’applaudissement inonda la salle. La Plume exprimait sans retenue sa liesse, l’Essence congratulait chaleureusement l’oratrice et l’on pouvait lire sur les lèvres des Sages un sourire bienveillant. Agaëtha fut accueillie avec tous les honneurs dans son Quart. Il ne restait plus qu’à entendre l’annonce du ralliement de chacune des Tours à la volonté du Roi.

Que la Lumière m’offre la rédemption si, à ce moment précis, mon âme a été pervertie par une vaine colère, que mes Pairs m’excusent également si j’ai pu me montrer semblable à un aliéné au lieu d’adopter une attitude plus prudente et rationnelle. Peut-être m’aurait-on mieux écouté. Mais, même à présent, je ne regrette aucunement mon geste, je sais que chacun de mes actes fut motivé par la vertu et le devoir que les Fondements m’inspiraient.

Tout se déroula comme dans un songe. Je me souviens m’être levé, et avoir crié. Je n’arrive plus à me remémorer les mots exacts que j’ai prononcé, toujours est-il que j’ai dû condamner avec extrême vigueur le mal qui s’emparait de tous, la trahison suprême dans laquelle chacun se fourvoyait. Quand un Roi ignore l’intérêt de son peuple, il devient un tyran et ne saurait plus être suivi par des hommes qui se revendiquent vertueux. J’ai donc appelé à la désobéissance, à la résistance. Je me souviens encore du silence étrange qui a suivi, de l’agitation du Quart de la Balance, puis d’un vacarme indescriptible, d’insultes, des doigts vindicatifs de certains Inquisiteurs qui pointaient vers moi. Je me souviens enfin d’une vive douleur déchirant mes poignets, et des mots d’excuses de mes propres hommes qui m’emmenaient.

Dans la petite cellule qui me retient à présent, j’entends les sons lointains des banquets, j’entends les rires gras des dignitaires et les cris expansifs des novices. Tout cela m’écœure. Si l’on ne m’avait pas laissé de quoi écrire, je me serai peut-être fracassé le crâne contre ces murs froids qui contraignent ma liberté. Est-ce ainsi que l’honneur est récompensée, est-ce ainsi que l’on traite ceux qui s’érigent pour sauvegarder les Fondements ? A me remémorer les évènements de la journée pourtant, une ferme résolution s’est construite dans mon esprit. Strom ne sera pas abandonnée, dussé-je être le dernier Pair des Quatre Familles à y résider. Une idée a germé, alors que je me tournais et me retournais sur ma triste couche, le dos noyé de sueur. J’en conçois à présent un grand espoir. Que les Quatre Familles s’en aillent, mais laissent ici une force à même de résister et de protéger jusqu’au dernier des citoyens de cette Capitale mourante. Lorsque le dernier homme aura quitté ces murs, nous partirons rejoindre les nôtres au Nord. Ainsi l’Ordre veillera-t-il sur son berceau bien-aimé jusqu’à la fin. Ce n’est pas si déraisonnable, et certains de mes hommes me suivront, d’autres se rallieront encore, voilà qui est certain ! L’aval du Concile, c’est tout ce dont j’ai besoin.

Mais pour le moment, il me faut sortir d’ici, absolument. Il me faut convaincre l’Inquisiteur qui ne manquera pas de venir m’interroger que mes propos sont sensés, que je suis en tout point les Principes, et que ma colère se justifiait au regard des décisions tragiques qui ont été prises. Je ne suis pas éloquent, mais le feu de ma voix, la résolution de mon regard devront avoir raison de mon interlocuteur. Et si ce n’est pas encore assez, soit ! Je m’échapperai, je trouverai d’autres moyens.

J’entends des pas, une voix pincée que je reconnais s’adresse au geôlier. Par la Lumière, on m’a envoyé Pharès, l’idiot le plus obtus que je connaisse ! La partie sera rude. Mais Strom vivra encore, demain, et dans dix ans, enserrée dans ses murailles, et protégée par ses Tours, j’en fais le serment !

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://quatretours.positifforum.com
Assahab
Grand Commandeur
Assahab

Nombre de messages : 778
Age : 51
Localisation : Auprès de la Marque, en tout temps
Date d'inscription : 16/10/2006

MessageSujet: Re: [HISTOIRE] La Veille de Strom.   Ven 14 Nov - 14:56

Extraits de la correspondance d’Abhemin Simë Al’Tharsio Al’Medulla (1223-1285), recrue de l’Epée affectée aux geôles, et de son épouse Anestella. Reconstitution d’après fragments.

An Mil Deux Cent Cinquante Cinq de la Fondation
Huitième Lune, Troisième jour de la Plume



Strom… Combien de balivernes a-t-on déjà proférées à son sujet ! Partout, on s’entête à la louer, on l’appelle la Magnifique et l'on se félicite de sa force ou de sa beauté prétendues. Mais par la Lumière, qui sont-ils donc, ceux qui font passer des haillons pour des draperies luxueuses, qui décrivent un lion en parlant d’un chacal ? Des poètes, des exaltés sûrement, qui à la construction de jours meilleurs préfèrent l’illusion d’un passé glorieux. Ceux-là n’ont jamais mis les pieds dans nos ruelles puantes, ceux-là n’en ont certainement aucune envie. Le mythe leur suffit, et la Cité peut bien se vider et ses murs se lézarder, du moment que sa légende continue à enfler. Deux rondes de garde dans la Vieille Ville changeraient pourtant à coup sûr leur points de vue. Qu’ils viennent, et qu’ils s’arment d’une épée, la Magnifique a quelques coups de dague à leur offrir ! Quelle autre Capitale du monde peut donc se targuer d’accueillir plus de vermine et de charognards que de fidèles sujets en son sein ? Ecoute, ma chère Estrellina, écoute et découvre ce qu’est vraiment cette ville.

Chaque jour, des hordes de migrants juchés sur leurs caravanes se déversent par les grandes portent et s’épandent dans les plaines, maudissant leur terre natale et suppliant la Lumière de les mener en des lieux meilleurs. On ne cherche guère à les retenir : le Roi lui-même attend la mort dans l’espoir de s’échapper enfin de cette Cité. Les tavernes ferment, les unes après les autres, et la bière s’échange au marché noir tant elle est devenue rare. Les places jadis majestueuses sont vides, il n’y a pas même d’enfants pour les remplir de leurs cris. Les statues sont dévorées par la moisissure et le lichen. La plus illustre, celle de Thoradim en face des marches du Palais, a même perdu un bras la semaine dernière. Il ne se passe pas un jour sans qu’une maison ne s’effondre pour exhiber piteusement ses poutres de bois rompues. Personne ne s’en soucie. Les sculpteurs et les architectes sont partis. Et cette odeur, Estre, cette infâme odeur… Les ruelles empestent, les excréments s’accumulent dans les caniveaux sans que personne ne songe à s’en inquiéter. Les écoulements souterrains vers la mer qui faisaient autrefois notre fierté sont obstrués depuis longtemps maintenant, et il n’y a plus ici le moindre artisan pour assainir et entretenir nos égouts. Ceux qui s’accrochent encore à cette chimère qu’on nomme Strom ne sont pour la plupart que de pauvres fous, trop vieux pour voyager ou pour se séparer de leurs souvenirs. Crois-moi, cette antique Cité sent la mort et la pestilence qui sied aux ruines déchues d’anciens empires. Le Roi se meurt, ses héritiers sont faibles. L’avenir n’est pas ici, et la splendeur des Quatre Familles ne sied plus à ces lieux. Il n’y a plus personne à protéger, ici. Il me tarde de partir, il me tarde tant ! Mais à ce sujet, j’ai une nouvelle, adorable Estellina, une admirable nouvelle, et je m’excuse de l’avoir trop longtemps délayée (c’est que je n’ose encore vraiment y croire) : dans six Lunes, aux premières lueurs des beaux jours, les routes trembleront sous notre immense procession, la Marque flottera fièrement dans le ciel, et des lits de roses accueilleront le Porteur à son arrivée à Lordaeron ! Six Lunes, six Lunes encore, et je retrouverai tes lèvres et ton front pour ne plus jamais les délaisser !

Ce n’est pas un rêve ou un le simple vœu d’un amant. Le Concile a rendu sa décision, à l’unanimité, et il faut croire que même les Capitaines et notre vénéré Commandeur s’y sont finalement rangés, eux qui s’irritaient à la simple évocation d’un départ. On dit que des édiles sont partis vers le Nord, accompagnés du Chancelier lui-même, pour demander asile et offrir nos services et notre dévotion à votre Cité. Passés l’hiver et les préparatifs, nous chargeront nos charriots et quitteront les pierres qui nous abritent aujourd’hui encore. Et peut-être même obtiendrais-je alors le grade d’Epée Protectrice ! Tout du moins, je doute que nous disposions dès notre arrivée des permissions nécessaires à la construction de geôles, et il est certain qu’on m’obtiendra alors un poste de meilleure valeur ! Estre, Ce travail est d’un ennui insurmontable, et on y découvre toute la valeur du Sixième. Pihan, Estrellina, Pihan. Mais je mens un peu : un fait mérite d’être conté.

Depuis une décade, j’assure la garde d’un étrange personnage, dont je ne sais pas encore s’il est fou, vaniteux ou d’une inébranlable intégrité. Probablement est-il tout cela à la fois. C’est un Capitaine de l’Ancienne Lignée – je suppose que ce simple fait contribue à en faire un original. Il répond au nom d’Aerith, et doit disposer de sa charge depuis fort peu longtemps, car je n’en avais jamais entendu parler. Lorsqu’on me l’a amené, le pauvre bougre semblait avoir complètement perdu la raison, et proférait d’horribles insultes que je préfère taire. De son crime, j’ignore tout, mais il m’a été demandé de le loger dans l’une de ces cellules isolées qu’on réserve habituellement aux Etrangers. Ne t’y trompe pas, nos geôles sont vides, et c’est une punition extrême que de rejeter symboliquement un Pair de la sorte. Et certes, je crois bien que l’homme eut préféré la mort, tant il gémit et cogna les murs durant ses premières heures de captivité. Cet Aerith est fascinant cependant, écoute. Il est jeune tout d’abord, incroyablement jeune même si l’on considère l’importance de son poste. Je lui donne à peine vingt ans, tout au plus ! Ne va pas t’imaginer toutefois le corps chétif d’un gamin flottant dans une armure trop grande pour lui. Non, Aerith est massif, et ses épaules en imposeraient à n’importe quelle Epée d’expérience. Il a bien sûr dans son œil la fougue habituelle qu’on trouve chez les jeunes gens, et il rit parfois avec une candeur inhabituelle pour quelqu’un de son grade. Mais pour le reste, il se dégage chez lui quelque chose d’ancien, d’antique même si je puis dire, qui attire insensiblement le respect ou l’obéissance, et j’ai fini par comprendre pourquoi on lui avait octroyé la responsabilité de tant de destinés.

Durant les premières heures de sa captivité, je crus tout d’abord qu’Aerith avait décidé de se laisser mourir. Il ne touchait guère à l’eau que je lui apportais et ne mangeais pas du tout, recroquevillé dans un coin de sa cellule, précisément là où la paille faisait défaut et cédait sa place à la terre moite et rance du sous-sol. Naturellement, il blâmait son comportement odieux qui lui valait cette place déshonorante au fond d’un cachot. Tu me sais peu enclin à la sensiblerie, Estrellina, et pourtant je pris rapidement en pitié ce pauvre animal qui s’accablait de griefs. Après tout, c’était un membre de ma Famille, un supérieur de plus, qui méritait toute ma considération et mon respect. Jusqu’au jour du jugement, il était un Pair estimé des Quatre Familles. Le second jour, j’échangeai sa ration quotidienne d’eau par un peu de vin, pour redonner vie au malheureux, et lui offrais quelques paroles de réconfort. Cela ne manqua pas de le désespérer plus encore. Il me rejeta avec violence, clamant qu’il n’était qu’un misérable qui ne méritait pas la vie, mais ajoutant dans une sorte de transe mystérieuse que le monde semblait manquer cruellement de clairvoyance en ces heures décisives. Hébété et fort peu doué comme tu sais pour apporter un quelconque réconfort, je finis par lui offrir une plume, un parchemin et un pot d’encre, car souvent les âmes aiment à coucher leurs dernières volontés avant d’affronter le Tribunal, si la peine encourue est la mort.

Comme prévu, il se mit à écrire, avec ferveur, de longues heures durant. Cependant, les jours passèrent, et sa plume ne s’arrêtait pas. Par trois fois, je dus lui fournir de nouveaux flacons d’encre, non qu’il écrivît beaucoup mais parce qu’il s’emportait parfois tellement qu’il fracassait le pauvre récipient contre le mur. La résignation suit généralement la colère chez les condamnés, mais bien loin de s’ébranler, Aerith parut gagner en assurance et en résolution. Rapidement, il mangea à nouveau aussi copieusement que le permettaient les rations, et lorsqu’il n’écrivait pas, la paille de sa geôle crissait sous ses interminables allées et venues. Quant à moi, j’hésitai à le déclarer absolument malade d’esprit, car il me semblait au contraire qu’un serpent implacable s’agitait sous cet ours imposant. En ce funeste instant de sa vie, le Capitaine réfléchissait intensément. Mais écoute la suite, Estrellina.

Hier matin, un Inquisiteur se présenta comme convenu devant moi pour procéder à l’Interrogatoire du prisonnier. Je frémis involontairement lorsqu’il s’annonça, car je connaissais son nom, à défaut d’avoir jamais vu l’homme qui le portait. Pharès ! Celui que les dignitaires qualifient d’Inflexible et que les valets appellent modestement La Liche. De prime abord, il n’avait pourtant rien d’effrayant. C’était un petit homme, plutôt rondelet, emmitouflé dans une robe de moine blanche trop longue pour lui. Il m’observa avec un regard bienveillant qu’on attend plus d’un ami que du triste signataire d’une exécution, et me salua avec la plus extrême politesse – jamais je n’avais vu d’Athimie aussi parfaitement exécutée. Il devait pourtant bien valoir sa réputation à quelques Faits marquants : cet homme est craint au sein de la Balance et l’on dit que les Sages eux-mêmes l’évitent consciencieusement. Je le conduisis sans un mot vers la cellule du Capitaine, l’introduisis, puis m’éloignai sur un geste de sa part : les interrogatoires étaient naturellement parfaitement confidentiels et leurs comptes-rendus réservés aux Tribunaux.

De ce qui se passa dans le cachot exigu qui les retint une longue heure, je ne sais rien, mais du visage déconfit que Pharès me présenta un infime moment avant d’étirer son sourire bonhomme, j’ai beaucoup appris. La vue d’Aerith confirma mes soupçons : c’était un lion rugissant, aux dents carnassières, qui souriait comme aux plus beaux jours de victoire. Et j’ai appris aujourd’hui que le Grand Commandeur lui-même viendrait lui rendre visite !


_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://quatretours.positifforum.com
Assahab
Grand Commandeur
Assahab

Nombre de messages : 778
Age : 51
Localisation : Auprès de la Marque, en tout temps
Date d'inscription : 16/10/2006

MessageSujet: Re: [HISTOIRE] La Veille de Strom.   Mar 18 Nov - 10:49

Extraits du journal de Goren Selesthir Al’Bakt’h Al’Danaë (1199-1283), Grand Sage de la Balance, ~ 1276 C.A.



An Mil Deux Cent Cinquante-Cinq de la Fondation.
Huitième Lune, Second Jour de la Plume.


Il n’est pas une bataille qui ne voit le vainqueur goûter de quelque manière aux résidus âcres de la défaite. Ce peut être un ami que l’on retrouve brisé et défiguré dans les plaines ravagées par le combat. Ce peut l’image simple d’un vaincu, affalé contre sa monture éventrée et pleurant sa lointaine famille. Il n’est pas de mal absolu. Il n’est pas de séides de Sargeras envahissant nos terres ; cela fut, mais ne sera jamais plus. Il n’est que des hommes qui soutiennent des causes différentes et des diplomates qui échouent.

La semaine passée, la victoire s’est montrée particulièrement amère. Pour on peu, j’aurais vu le Concile s’étouffer d’orgueil. Les Inquisiteurs applaudissant, la Chancelière gorgée d’aise, le Grand Commandeur paradant sur l’estrade – la Lumière sait que Danieth sait parler aux foules – et les vivats de l’assemblée après le vote solennel des Commandeurs, quel beau tableau ! Depuis, l’on ne parle plus que de cela, les cœurs sont en joie à l’idée de découvrir les contrées prospères du Nord, et l’on ne songe qu’aux préparatifs. Même Ancel et Jaehn se sont laissés emporter par ce torrent furieux qui n’épargne aucun esprit. Ils sont pourtant réputés réservés et prudents. Suis-je donc encore le seul à ne pas trouver ce festin condescendant à mon goût ? Assurément pas. Le vinaigre coule toujours sur certaines lèvres. Le Commandeur de l’Epée, s’il fait preuve de sa grandeur d’âme traditionnelle, ne se remet pas de l’assentiment du Roi. Certains de ses Capitaines encore moins, et ceux qui n’ont su faire preuve de retenue au bon moment croupissent en prison, comme le jeune Arieth, la Lumière ait pitié de son âme : c’est un garçon naïf et bien trop impétueux, même s’il faut lui reconnaître une vaillance et un attachement aux traditions certains. Son attitude inadmissible lui vaudra quelques sérieux ennuis.

Toujours est-il que nous abandonnons notre monde pour en conquérir un autre. L’on ne se soucie plus de ces terres ou de ces rues. La lucarne de ma chambre est certes étroite. Elle se fait usurière lorsqu’elle me vend le peu de lumière qu’elle possède. Mais elle m’autorise l’essentiel. De ma chaise, je vois le mauvais chemin qui monte vers les Hauteurs. Par-delà cette route se trouve le Cercle d’Alamaneth, le lieu souverain de vertu qui vit notre naissance. Il est notre essence et notre mémoire. Lui aussi, nous l’abandonnons, définitivement. Vraisemblablement, une horde de dignitaires l’assaillira tous les ans, pour se livrer à ces fanfaronnades qu’on nomme commémoration, pour chanter solennellement le Serment des Quatre. Mais lorsque ces importants tourneront leurs yeux vers le sud pour louer pompeusement leurs ancêtres, ils ne seront pas éblouis par la blancheur éclatante des Quatre Tours de la Cité. Ils ne trouveront que désolation, et les ruines qu’ils auront abandonnées.

Des milliers de livres et une parade annuelle ne valent pas le contact froid des Six Pierres ou la vue émouvante de Strom que les Hauteurs offrent et qui s’emparèrent jadis du cœur d’Arith.. Avec la Magnifique à portée de main, la vision de son trône mémorable qui accueillit jadis Thoradim ou de ses murailles épaisses qui résistèrent aux Trolls les plus féroces, le passé battait à nos tempes et nous rappelait où se trouvait nos cœurs et notre vertu. A Lordaeron, il aura cessé d’exister. Il sera un conte, un poème, ou un juron de taverne. Il n’aura plus guère d’importance.

A me relire, je me fais l’impression d’avoir oublié pourquoi le Conseil des Sages avait approuvé cette décision, pourquoi j’ai moi-même soutenu cette entreprise. Non, bien sûr. Le vote ne contredisait aucun des Sept Fondements. En suivant l’avis du Roi, en suivant la plupart des sujets vers Lordaeron, les Quatre Familles empruntent le meilleur chemin possible pour leur salut. Tous ceux qui resteront ici s’effondreront, et périront. Le vote était loin d’être acquis, et la Chancelière doit être chaleureusement félicitée. Je ne doute pas un seul instant que la missive royale est en grande partie son œuvre. Mais décidément, les plus importantes victoires vous laissent toujours un goût âcre dans la bouche.

Je m’interromps. Le Grand Inquisiteur demande une audience. On me dit qu’il est accompagné de Pharès – était-on obligé de m’amener ce serpent jusque dans mes appartements ? Toujours est-il qu’il s’est entretenu avec le Capitaine Aerith, et affirme que l’affaire est de la plus extrême urgence. Bien. A cette heure tardive, il vaudrait mieux.

_________________
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur http://quatretours.positifforum.com
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: [HISTOIRE] La Veille de Strom.   

Revenir en haut Aller en bas
 
[HISTOIRE] La Veille de Strom.
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La fausse histoire d'un vrai menteur.
» [Kamy]L'histoire d'un Crâ...
» Le Foot en LR une longue histoire : aujourd hui l AS BEZIERS
» [RP] Histoire d'un joyeux brigand
» L''histoire de la baguette Rhon

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Ordre des Quatre Tours :: La tour de la Plume :: Le Grand Hall de la Plume :: Les Archives Anciennes-
Sauter vers: